11/12/2012

L'Eau du Rocher et le Combat contre Amalek


 

 

REPHIDIM
L'EAU DU ROCHER ET LE COMBAT

Exode 17:1-16

 
Le peuple quitte le désert de Sin pour atteindre Horeb, nom dérivé du verbe hébreu "désoler", cette grande zone montagneuse où se trouve le Sinaï. Les voilà en un lieu auquel sera donné le nom de Rephidim, "Lieu de repos". Moïse le renomma Massa et Meriba, "Tentation et Conflits", associant ainsi le repos, l’arrêt dans la marche, à la tentation et aux confilts ! Le peuple s’était arrêté pour un repos qui n’est pas celui que Dieu procure, un repos marqué par le doute, car ils n’y trouvèrent pas d’eau, qui fut générateur de souffrances.
 
Le manque de confiance en l’Éternel conduisit à la contestation de Moïse et aux murmures. Et lorsque Moïse, dans la crainte d’être lynché, crie à l’Éternel, il reçoit ce signe remarquable lorsque, ayant frappé le rocher avec son bâton, l’eau en jaillit, "l’eau du rocher" !
 
Le peuple était allé fort loin dans l’expression du doute, allant jusqu’à clamer cette question "L’Éternel est-il vraiment au milieu de nous ?" Survint alors Amalek, expression manifeste du combat entre doute et confiance, entre incrédulité et foi. Nous comprenons ainsi le nom de Rephidim, changé par Moïse en Massa et Mériba. Le "peuple choisi" (Deutéronome 7:6) s’arrêtant dans sa course s’est rendu vulnérable, perdant la confiance en Dieu et s’engageant dans la contestation… Mais l’Éternel veille, et il se trouve parmi le peuple des combattants de la foi.


 
L'Eau du Rocher - 17:1-7

"Il n’y avait point d’eau". Une réelle épreuve assurément. Ce n’est autre que l’exercice d’une foi toute jeune ayant besoin de se fortifier. Mais la difficulté engendre la contestation, autrement dit l’affirmation que Moïse s’est trompé, ou plutôt qu’il les a trompés ! Après la contestation ce sont les murmures, et ensuite la révolte…

17  1 Toute la communauté des Israélites partit du désert de Sin, selon leurs traites, d'après le commandement de l'Éternel, et ils campèrent à Rephidim ; et il n'y avait point d'eau à boire pour le peuple. 2 Et le peuple contesta avec Moïse, et ils dirent : Donnez-nous de l'eau pour que nous buvions. Et Moïse leur dit : Pourquoi contestez-vous contre moi ? Pourquoi tentez-vous l'Éternel ? 3 Et là, le peuple eut soif d'eau ; et le peuple murmura contre Moïse, et dit : Pourquoi nous as-tu fait monter d'Égypte, pour nous faire mourir de soif, moi, et mes enfants, et mon bétail ? 4 Et Moïse cria à l'Éternel, disant : Que ferai-je à ce peuple ? Encore un peu, et ils me lapideront. 5 Et l'Éternel dit à Moïse : passe devant le peuple et prends avec toi des anciens d'Israël ; et prends dans ta main ton bâton avec lequel tu as frappé le fleuve, et va. 6 Voici, je me tiens là devant toi, sur le rocher, en Horeb ; et tu frapperas le rocher, et il en sortira des eaux, et le peuple boira. Et Moïse fit ainsi devant les yeux des anciens d'Israël. 7 Et il appela le nom du lieu Massa et Meriba, à cause de la contestation des fils d'Israël, et parce qu'ils avaient tenté l'Éternel, en disant : L'Éternel est-il au milieu de nous, ou n'y est-il pas ?

Ils avaient été jusqu’à "tenter l’Eternel". Dans leur réclamation, nous pouvons comprendre qu’ils estimaient que si l’Éternel était avec eux, nulle difficulté ne devait survenir… Mais qu’en serait-il de la foi si elle devenait talisman, sans que la confiance ne doive se manifester ? Et si la superstition pervertissait la marche responsable de la foi ? Et ils mettaient Dieu en demeure de répondre à leur attente, un réel défi exprimé de manière fort violente. Et pourtant, ne faisaient-ils pas journellement l’expérience des soins de Dieu ? N’avaient-ils pas vécu Mara et ensuite Elim ? Ne jouissaient-ils pas de la Manne et du Shabbat ? Mais ils se sont laissé aller à un repos bien différent de la paix du Shabbat…
 
Moïse est ici en difficulté ! Il craint même se faire lapider….. Il "crie à l’Éternel". C’est ici sa seule ressource, mais la réponse est impressionnante. A Mara, Dieu montra à Moïse un bois, celui qui rendit saine les eaux ; ici, en Horeb, il va user de son bâton, comme il le fit lorsqu’il frappa le Nil et le pays d’Egypte (Exode 7:20, 9:23, 10:13), et encore quand il le brandit sur le rivage de la Mer des Joncs, laquelle s’ouvrit en une voie inattendue pour la sortie d’Egypte (Exode 14:16). Et maintenant, à Rephidim, l’eau sort du rocher… La grâce une fois encore manifestée.
 
Alors que le peuple s’était arrêté, et que ce repos n’avait été que les prémices de murmures, jusqu’à la provocation, "Tentation et Conflits", l’eau s’écoule du rocher dès qu’il fut touché par le bâton de Moïse ; un don de Celui qui est "la source des eaux vives" (Jérémie 2:13), telle celle que nous voyons "sortant de dessous le seuil de la maison" dans la vision du temple (Ezéchiel 47:1-12) ou encore "le fleuve d'eau vive… sortant du trône de Dieu et de l'Agneau" s’écoulant au cœur de la Jérusalem céleste (Apocalypse 22:1).
 
Que s’est-il passé ? Que signifie ce doute : "L'Éternel est-il au milieu de nous, ou n'y est-il pas ?" Que penser d’une telle scène ? Pourrions-nous penser que ce n’est que là, dans le désert, que la foi ait si vite succombé ?
 
Alors vient un récit qui illustre la nature du combat, car vivre de foi est un réel combat dans ce monde ! Si l’Éternel n’était intervenu, le repos de Rephidim eût pu mener à une grande défaite… "Un peu de sommeil, un peu d'assoupissement, un peu croiser les mains pour dormir..., et ta pauvreté viendra comme un voyageur, et ton dénuement comme un homme armé." (Proverbes 6:9-11).


 
Le combat contre Amalek - 17:8-16

Revenons encore à cette contestation : parmi ce peuple délivré de l’asservissement en Egypte, goûtant journellement la Manne, se sont élevées des voix provocantes pour clamer : "L'Éternel est-il au milieu de nous, ou n'y est-il pas ?" Alors surgit une bande armée. Amalek, ce peuple pillard du midi de la Terre d’Israël (Nombres 13:30, Juges 6:3, 1 Samuel 15:7, 27:8), tomba sur ceux qui traînaient à l’arrière "lorsque tu étais las et harassé, et ne craignit pas Dieu" (Deutéronome 25:18). A Rephidim, là où d’aucuns étaient déjà lassés et pensaient à s’arrêter dans la marche de la foi, là guettait le danger.

8 A Rephidim, Amalek s’en vint faire la guerre contre Israël.

Un récit pour ainsi dire intemporel. L’argument du surgissement de ces pillards est manifestement le fait des murmures et de la contestation à l’encontre de Moïse, et particulièrement cette parole audacieuse marquant le doute quant à la réalité de la présence de l’Éternel avec eux.
 
Moïse envoie Josué, "qui le servait" (Exode 24:13), pour qu’il se choisisse des hommes et les mène au combat. Cet homme qui s’appelait Osée, "Salut", est nommé Josué, "L’Eternel sauve" (Nombres 13:17), un signe dans ce combat mené contre Amalek. Quant à Moïse, il monte sur la montagne, le "bâton de Dieu" à la main, accompagné d’Aaron et de Hur, homme sage de la tribu de Juda (Exode 24:14), aïeul de Bethsaleël, l’homme qui construira le Tabernacle (Exode 31:2, 1 Chroniques 2:18).
 
Pour le prophète, son propre bâton, avec lequel tant de prodiges se sont manifestés, est le "bâton de Dieu". Et sur la montagne, il lève la main, portant le bâton. Ainsi le bâton est bien visible, réel "étendard" donnant courage et force aux combattants, ranimant la foi de ces hommes qui assuraient par leur combat la protection du peuple tout entier, à commencer par ceux qui trainaient à l’arrière…

9 Alors Moïse dit à Josué : Choisis-nous des hommes, et sors, combats contre Amalek ; demain je me tiendrai sur le sommet de la colline, le bâton de Dieu dans ma main. 10 Josué fit comme Moïse lui avait dit pour combattre Amalek, tandis que Moïse, Aaron, et Hur montèrent au sommet de la colline. 11 Et il arrivait, lorsque Moïse élevait sa main, qu'Israël avait le dessus ; et quand il reposait sa main, Amalek avait le dessus.
 
12 Mais les mains de Moïse étaient pesantes ; et ils prirent une pierre, et la mirent sous lui, et il s'assit dessus ; et Aaron et Hur soutenaient ses mains, l'un deçà, et l'autre delà ; et ses mains furent fermes jusqu'au coucher du soleil. 13 Et Josué abattit Amalek et son peuple au tranchant de l'épée.

Par leur foi, les combattants ont secouru les plus faibles en foi, étant soutenus eux-mêmes lorsque leur regard était porté sur le "bâton de Dieu" dans la main de Moïse, l’étendard de la foi (Esaïe 13:2). Une réelle consolation pour ceux qui s’étaient laissé surprendre et conduits dans le doute et les murmures. Un symbole retenu par la foi, comme nous lisons cette parole : "Même quand je marcherais par la vallée de l'ombre de la mort, je ne craindrai aucun mal ; car tu es avec moi : ta houlette et ton bâton, ce sont eux qui me consolent" (Psaume 23:4). Et encore : "Tu as donné une bannière à ceux qui te craignent, pour la déployer à cause de la vérité, afin que tes bien-aimés soient délivrés" (Psaume 60:4-5).

14 Et l'Éternel dit à Moïse : Écris ceci pour mémorial dans le livre, et fais-le entendre à Josué, que j'effacerai entièrement la mémoire d'Amalek de dessous les cieux. 15 Et Moïse bâtit un autel, et appela son nom : YHWH-Nissi ("L'Eternel est mon étendard") ; 16 et il dit : Parce que Jah a juré, l'Éternel aura la guerre contre Amalek de génération en génération.

"De génération en génération." Car chaque génération devra apprendre le combat, choisir sa route : soit la confiance, la foi, soit l’ignorance de la voie de Dieu, la méconnaissance de ce qui "vraiment la vie" (1 Timothée 6:19). De façon répétée tout au long de l’histoire d’Israël, Amalek paraîtra comme l’ennemi face à ceux en qui la confiance en l’Éternel s’émousse ; et de représenter ainsi le danger qui guette celui qui se laisse détourner de la foi (Nombres 24:17-20, Deutéronome 25:17-19). Nous aurons compris que le combat contre Amalek n’est autre que le combat intérieur entre le doute et la foi. Un combat à mener jusqu'à bout (Hébreux 3:6,14, 6:11, 12:1). Mais ce combat prendra fin, comme Paul l’écrit pour lui-même : "j'ai combattu le bon combat, j'ai achevé la course, j'ai gardé la foi…" (2 Timothée 4:7). C’est aujourd’hui que le combat se mène…
 
La puissance pour ce combat se trouve dans la confiance, elle appartient à celui qui regarde au "bâton de Dieu", celui qui discerne l’étendard déployé sur la montagne. Les combattants ont bu l’eau du rocher, ils sont confiants dans la grâce de Dieu ; ils regardent à l’étendard, la bannière, le signe de sa puissance.
 
Les sages en Israël ne pourront oublier la leçon : "N'endurcissez pas votre cœur comme à Meriba, comme au jour de Massa, dans le désert, Où vos pères m'ont tenté, éprouvé, et ont vu mes œuvres." (Psaume 95:8-9, lire aussi 78:15-16, 105:41, 114:8). Un secours pour la foi qui fut repris par le prophète lorsqu’il exhortait les Israélites en exil à remonter à Jérusalem et y rebâtir le Temple : "Sortez de Babylone, fuyez du milieu des Chaldéens, avec une voix de chant de joie ! Déclarez et faites entendre ceci, portez-le jusqu'au bout de la terre ; dites : L'Éternel a racheté son serviteur Jacob ! Et ils n'ont pas eu soif, quand il les fit marcher dans les déserts ; du rocher il a fait jaillir pour eux les eaux ; il a fendu le rocher, et les eaux ont coulé." (Ésaïe 48:20-21).
 
Les sages parmi les Israélites ont reçu la leçon spirituelle de ce récit, et Paul élevé dans cette sagesse la transmet en ces mots : "ils ont tous mangé la même nourriture spirituelle, ils ont tous bu le même breuvage spirituel ; ils buvaient en effet à un rocher spirituel qui les suivait, et ce rocher c’était le Christ. (1 Corinthiens 10:3-4).


 

Cette lecture est extraite du site : "Que dit l"Evangile ?" Des pages de la Loi, des Psaumes et des Prophètes. Des lectures de l'ensemble du Nouveau Testament.
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19:59 Publié dans Expériences du désert | Eric

10/12/2012

La Manne et le Shabbat


 

 

LA MANNE ET LE SHABBAT
Exode 16:1-36

 
L’Egypte, c’était le servage, mais aussi les réserves alimentaires et le pain à satiété, aussi le regard est-il bien vite porté sur ce passé révolu, ce lieu dont ils s’étaient coupés définitivement en quittant les champs et les prés si fertiles du delta du Nil… Les corvées toujours plus sévères, mais aussi la sécurité alimentaire pour le peuple, une réalité rassurante pour les familles. Les ressources ne manquaient pas alors, tandis que le désert ne permet qu’à peine une subsistance journalière, et encore…

16  1 Et ils partirent d'Élim, toute l'assemblée des fils d'Israël, et vinrent au désert de Sin, qui est entre Élim et Sinaï, le quinzième jour du second mois après leur sortie du pays d'Égypte. 2 Et toute l'assemblée des fils d'Israël murmura contre Moïse et contre Aaron, dans le désert. 3 Et les fils d'Israël leur dirent : Ah, que ne sommes-nous morts par la main de l'Éternel dans le pays d'Égypte, quand nous étions assis auprès des pots de chair, quand nous mangions du pain à satiété ! Car vous nous avez fait sortir dans ce désert pour faire mourir de faim toute cette congrégation.

L’angoisse des familles d’Israël est bien compréhensible, car rares sont les personnes qui pourraient manifester une foi sans faille. Et les Israélites vont apprendre qu’une réponse à leur attente était prête, ou plus exactement que ce temps d’incertitude était là pour qu’ils saisissent l’enseignement de Dieu, qu’ils réalisent la grandeur de la bonté de Dieu. Ceci pour que nous comprenions aussi que la Manne n’est pas une récompense à la foi, mais un don de Dieu répondant aux nécessités de tout homme. "Car toutes les choses qui ont été écrites auparavant ont été écrites pour notre instruction, afin que, par la patience et par la consolation des écritures, nous ayons espérance" (Romains 15:4).


 
Annonce de la Manne - 16:4-10

Avant que vienne la Manne, les Israélites doivent entendre la parole de l’Eternel. Une annonce à laquelle ils ont à être attentifs.

4 Et l'Éternel dit à Moïse : Voici, je vais vous faire pleuvoir des cieux du pain, et le peuple sortira, et en recueillera chaque jour la portion d'un jour, afin que je l'éprouve, pour voir s'il marchera dans ma loi, ou non. 5 Et il arrivera que, le sixième jour, ils prépareront ce qu'ils auront rapporté, et ce sera le double de ce qu'ils recueilleront chaque jour. 6 Et Moïse et Aaron dirent à tous les fils d'Israël : Au soir vous saurez que l'Éternel vous a fait sortir du pays d'Égypte ; 7 et, au matin, vous verrez la gloire de l'Éternel, parce qu'il a entendu vos murmures contre l'Éternel ; car que sommes-nous, que vous murmuriez contre nous ? 8 Et Moïse dit : Ce sera en ce que l'Éternel vous donnera le soir de la chair à manger, et au matin du pain à satiété ; parce que l'Éternel a entendu vos murmures que vous avez proférés contre lui ; car que sommes-nous ? Vos murmures ne sont pas contre nous, mais contre l'Éternel. 9 Et Moïse dit à Aaron : Dis à toute l'assemblée des fils d'Israël : Approchez-vous devant l'Éternel ; car il a entendu vos murmures. 10 Et il arriva, comme Aaron parlait à toute l'assemblée des fils d'Israël, qu'ils se tournèrent vers le désert ; et voici, la gloire de l'Éternel parut dans la nuée.

Les Israélites vont-ils tous recevoir cette parole, et être disposés à s’y conformer, recueillant pour chaque jour ce qui répondait à leur besoin, dans la confiance qu’ils n’avaient pas à faire des réserves ? La question est posée, mais non sans que la parole prononcée soit ponctuée par une manifestation de gloire afin que la parole soit reçue en vérité.


 
Le don de la Manne - 16:11-21

"J’ai entendu les murmures !" Pouvait-il en être autrement ? Mais l’Éternel porte sur les hommes un regard porteur de grâce. Ce peuple d’éleveurs (Genèse 47:3-6) regardait encore aux "pots de chair" de l’Egypte, mais ils verront que rien n’est impossible à l’Éternel. Au soir, ils mangent les cailles poussées en masse au lieu de leur campement, nouvelle occasion d’apprendre la puissance de Dieu. Mais cet appentissage est bien difficile, car nous lisons qu’un bon mois plus tard, après avoir reçu la loi et scellé l’alliance, un mouvement de rébellion se manifestera, et ce sera là une tout autre situation, et une autre conclusion (Nombres 11:30-34) ; ce malheur vint de personnes qui accompagnèrent les fidèles sans partager leur foi (Exode 11:4, voir aussi 12:38)

11 Et l'Éternel parla à Moïse, disant : 12 J'ai entendu les murmures des fils d'Israël. Parle-leur, disant : Entre les deux soirs vous mangerez de la chair, et au matin vous serez rassasiés de pain ; et vous saurez que je suis l'Éternel, votre Dieu. 13 Et il arriva, le soir, que des cailles montèrent et couvrirent le camp ; et, au matin, il y eut une couche de rosée autour du camp ; 14 et la couche de rosée se leva, et voici sur la surface du désert quelque chose de menu, de grenu, quelque chose de menu comme la gelée blanche sur la terre. 15 Et les fils d'Israël le virent, et se dirent l'un à l'autre : Qu'est-ce que cela ? Car ils ne savaient ce que c'était. Et Moïse leur dit : C'est le pain que l'Éternel vous a donné à manger. 16 Voici la parole que l'Éternel a commandée : Recueillez-en, chacun en proportion de ce qu'il peut manger, un omer par tête, selon le nombre de vos personnes ; vous en prendrez chacun pour ceux qui sont dans sa tente. 17 Et les fils d'Israël firent ainsi, et ils recueillirent, l'un beaucoup, l'autre peu. 18 Et ils mesurèrent à l'omer : et celui qui avait beaucoup, n'eut pas trop ; et celui qui avait peu, n'en manqua pas ; ils avaient recueilli, chacun en proportion de ce qu'il mangeait.

Lors de ces premiers pas dans le désert, le peuple apprend qui est l’Éternel qui les a sauvés de l’Egypte. Et au matin survient ce prodige de la Manne qui paraît sur la terre lorsque la rosée se dissipe. La Manne "comme la graine de coriandre… semblable à du bdellium", et traitée comme le blé, "ils la broyaient sous la meule ou la pilaient dans le mortier ; et ils la cuisaient dans des pots, et en faisaient des gâteaux…" (Nombres 11:7-8).

19 Et Moïse leur dit : Que personne n'en laisse de reste jusqu'au matin. 20 Mais ils n'écoutèrent pas Moïse, et quelques-uns d'entre eux en laissèrent de reste jusqu'au matin ; et il s'y engendra des vers, et cela puait : et Moïse se mit en colère contre eux. 21 Et ils en recueillaient chaque matin, chacun en proportion de ce qu'il mangeait ; et à la chaleur du soleil cela fondait.

Un don de l’Éternel ! Pouvaient-ils penser que le Seigneur puisse se rétracter de manière telle que le lendemain il n’y eût plus de Manne ? Une telle disposition marquerait un manque de confiance en Dieu, un manque de foi ! Et c’est bien cela l’enseignement : apprendre ce que c’est que "marcher par la foi" (2 Corinthiens 5:7).


 
Le don du Shabbat - 16:22-31

Avec la Manne vient l’expérience pratique du Shabbat, le repos avec Dieu. Peu de jours après la sortie d’Égypte, le lieu de servitude, le lieu du « non-repos », Dieu donne à Israël la conscience du repos dans lequel Il veut introduire les hommes, et ainsi, leur donnant chaque matin une provision journalière, il apporte chaque sixième jour de la semaine une double part, afin qu’au septième jour ils puissent jouir du repos.

22 Et il arriva que, le sixième jour, ils recueillirent du pain au double, deux omers pour chacun ; et tous les principaux de l'assemblée vinrent et le rapportèrent à Moïse. 23 Et il leur dit : C'est ici ce que l'Éternel a dit : Demain est le repos, le Shabbat consacré à l'Éternel ; faites cuire ce que vous avez à cuire, et faites bouillir ce que vous avez à faire bouillir, et tout le surplus serrez-le pour vous, pour le garder jusqu'au matin. 24 Et ils le serrèrent jusqu'au matin, comme Moïse l'avait commandé ; et cela ne pua point, et il n'y eut point de vers dedans. 25 Et Moïse dit : Mangez-le aujourd'hui, car aujourd'hui est le Shabbat consacré à l'Éternel ; aujourd'hui vous n'en trouverez point aux champs. 26 Six jours vous en recueillerez, mais au septième jour est le Shabbat ; il n'y en aura point en ce jour-là. 27 Et il arriva, le septième jour, que quelques-uns du peuple sortirent pour en recueillir, et ils n'en trouvèrent point. 28 Et l'Éternel dit à Moïse : Jusques à quand refuserez-vous de garder mes commandements et mes lois ?

Nous voyons ici la difficulté de croire et, en particulier, de s’en remettre avec confiance à la parole de Dieu ; nous lisons ici la patience de la grâce, et alors la vue s’éclaire et le cœur se réjouit en Dieu… Tout est don dans le Shabbat et la Manne. Et il est donné ici non à un peuple élu sur quelques critères, mais choisi (Deutéronome 7:7, 10:15) pour être témoin de Dieu, comme il sera rappelé lors de l’exil à Babylone (Esaïe 43:10), une mission difficile, exigeante. Nous lisons ici des pages de pédagogie, la formation des témoins, l’apprentissage de la vie de la foi.

29 Voyez que l'Éternel vous a donné le Shabbat ; c'est pourquoi il vous donne au sixième jour du pain pour deux jours. Que chacun reste chez lui ; que personne ne sorte du lieu où il est, le septième jour. 30 Et le peuple se reposa le septième jour.

Un don de Dieu, un geste de sa grâce… Et de cette grâce, les Israélites devront se souvenir, en conserver le mémorial. Ainsi, quelques semaines plus tard, le Shabbat sera écrit dans la Loi, la quatrième parole du Décalogue (Exode 20:8-11). Le peuple, témoin de Dieu, y est naturellement conduit à exprimer sa reconnaissance car ils ont appris que le Seigneur veille sur eux et qu’ils peuvent vivre dans la confiance en Lui. Mais aussi, le repos annonce l’avenir de paix préparé pour les hommes ; il y a un repos de Dieu, une fin au travail de Dieu, lorsque l’homme sera convié à jouir de ce repos (Matthieu 11:28, Sophonie 3:17) ; nous l’apprenons par ce peuple témoin, serviteur de Dieu, appelé à l’anticiper de semaine en semaine.


 
La Manne - 16:31-36

Sortis d’Egypte, les Israélites ne pouvaient connaître cette nourriture étrange. D’aucuns évoquent à propos de la Manne une concrétion qui apparait sur des feuilles d’arbustes dans le désert, mais il s’agit là d’une gomme et non d’un grain que l’on peut moudre ou piller (Nombres 11:8) ; et de plus nous ne pouvons pas envisager l’apparition naturelle de la quantité requise pour tout un peuple. Le récit nous place devant un acte miraculeux pour qu’il nous serve d’instruction. "Qu’est-ce cela ?", en hébreu "Man hou ?", dirent les Israélites, et cette question a donné son appellation "Manne".

31 Et la maison d'Israël appela le nom de cela Manne. Et elle était comme de la semence de coriandre, blanche, et avait le goût d'un gâteau au miel.

Une petite graine aromatique, dont le goût évoque le miel, et qui, préparée, permettait la confection de pain à la saveur de gâteaux à l’huile (Nombres 11:7-8). Du miel, comme la parole de Dieu donné au prophète Ezéchiel : "Et il me dit : Fils d'homme, mange ce que tu trouves ; mange ce rouleau, et va, parle à la maison d'Israël. Et j'ouvris ma bouche, et il me donna à manger ce rouleau. Et il me dit : Fils d'homme, nourris ton ventre et remplis tes entrailles de ce rouleau que je te donne. Et je le mangeai, et il fut dans ma bouche doux comme du miel." (Ézéchiel 3:1-3, voir aussi Apocalypse 10:9-10). Nous pouvons penser que cette allégorie touchant le miel était dans la pensée des Israélites bien avant le prophète, induisant à l’esprit le sens spirituel de la Manne du désert.
 
La Manne est un tel emblème des soins prodigués par l’Éternel que le souvenir doit en être gardé fidèlement pour les générations à venir.

32 Et Moïse dit : Voici la parole que l'Éternel a commandée : Qu'on en remplisse un omer pour le garder pour vos générations, afin qu'elles voient le pain que je vous ai fait manger dans le désert, lorsque je vous ai fait sortir du pays d'Égypte. 33 Et Moïse dit à Aaron : Prends une cruche, et mets-y plein un omer de Manne, et pose-la devant l'Éternel, pour la garder pour vos générations. 34 Comme l'Éternel l'avait commandé à Moïse, Aaron la posa devant le témoignage pour être gardée. 35 Et les fils d'Israël mangèrent la Manne quarante ans, jusqu'à ce qu'ils entrèrent dans un pays habité ; ils mangèrent la Manne jusqu'à leur arrivée à la frontière du pays de Canaan. 36 Or l'omer est la dixième partie de l'épha.

Le vase contenant la Manne est placée "devant l’Éternel", et devait donc être posé dans le Lieu Très Saint du Tabernacle du désert dès qu’il sera construit, et du Temple ensuite, pour se trouver par la suite dans l’Arche d’Alliance avec les Tables de la Loi et le bâton d’Aaron qui avait bourgeonné (Hébreux 9:4). Par ces signes, l’homme attaché à l’Alliance associe la manifestation de la grâce de Dieu et la reconnaissance de son autorité aux préceptes de la Loi.
 
Mais malgré la présence de ce mémorial de la bonté de Dieu, l’homme se lassera progressivement, la Manne ne lui suffira plus et bientôt au sein du peuple se lèveront des hommes qui l’évoqueront disant : "notre âme est dégoutée de ce pain misérable" (Nombres 21:5). Mais en réalité, ce grain mystérieux a pour la foi "la saveur du miel", et le pain qu’il en fait a la douceur d’un "pain à l’huile", procurant à l’âme la joie et l’allégresse (Jérémie 15:16). Belle image de la joie du croyant qui ne se lasse pas de ce grand fait que Dieu a parlé à l’homme, lui donnant à considérer son dessein, à savoir la paix et le repos pour tout homme (Matthieu 11:28).


 

Cette lecture est extraite du site : "Que dit l"Evangile ?" Des pages de la Loi, des Psaumes et des Prophètes. Des lectures de l'ensemble du Nouveau Testament.
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19:58 Publié dans Expériences du désert | Eric

12/11/2012

Sortie d'Egypte - De Ramsès à Elim


 

LA TRAVERSEE DE LA MER
DE RAMSES A ELIM

Exode 12:29-15:21

 
De la ville de Ramsès, dans le Delta du Nil, à l’oasis d’Elim, dans le désert, le récit nous présente la réalité de la nouvelle vie avec Dieu. La rupture morale inévitable d’avec le monde ambiant, aux parfums souvent délétères, suivi de la route inattendue, lorsque le peuple s’en va vers le sud, à l’opposé du pays promis, ce qui pouvait instiller le doute, et un retour au nord qui induit le Pharaon à revenir sus sa parole… Mais, pour les hommes qui s’engagent dans la Mer, c’est la délivrance, car l’ennemi est vaincu. La libération est célébrée, le cantique de Moïse, mais aussitôt viennent les contraintes de la nouvelle vie avec Dieu ; il faut apprendre la marche par la foi, connaître les eaux amères de Mara, mais aussi le bois qui les rend douces, avant de goûter la félicité de l’oasis d’Elim, ses fontaines et ses palmiers…


 
Départ des Israélites
Exode 12:29-13:16

Tandis que le repas de la Pâque s’achevait dans les maisons, la pression était montée en Egypte ; le malheur s’était abattu sur le pays, la mort touchant les premiers-nés. Et, de nuit, la parole est lancée : "Sortez du milieu de mon peuple !". Et même le peuple d’Egypte pousse les Israélites à s’en aller. Ces familles taillables et corvéables, dans la souffrance, poussées dehors.

29 Et il arriva, au milieu de la nuit, que l'Éternel frappa tout premier-né dans le pays d'Égypte, depuis le premier-né du Pharaon, qui était assis sur son trône, jusqu'au premier-né du captif qui était dans la maison de la fosse, et tout premier-né des bêtes. 30 Et le Pharaon se leva de nuit, lui et tous ses serviteurs, et toute l'Égypte ; et il y eut un grand cri en Égypte, car il n'y avait pas de maison où il n'y eût un mort. 31 Et il appela Moïse et Aaron de nuit, et dit : Levez-vous, sortez du milieu de mon peuple, tant vous que les fils d'Israël, et allez-vous-en, servez l'Éternel, comme vous l'avez dit ; 32 prenez votre menu bétail et votre gros bétail, comme vous l'avez dit, et allez-vous-en, et bénissez-moi aussi. 33 Et les Égyptiens pressaient le peuple, pour le renvoyer du pays en hâte ; car ils disaient : Nous sommes tous morts. 34 Et le peuple prit sa pâte avant qu'elle fût levée, ayant leurs huches liées dans leurs vêtements sur leurs épaules. 35 Les fils d'Israël firent selon la parole de Moïse ; ils demandèrent aux Égyptiens des objets d'argent, des objets d'or et des vêtements. 36 Et l'Éternel fit que le peuple trouva faveur aux yeux des Égyptiens, qui accordèrent leurs demandes ; et ils dépouillèrent les Égyptiens.

Un départ marquant : alors qu’ils furent exploités, les Israélites partent avec de grands biens, une forme de restitution pour les abus dont ils furent victime. Mais ils ne pouvaient s’attarder, ils ne pouvaient attendre que la pâte préparée fût levée. Ils cuisent ainsi leur pain sans levain, car ils ne pourraient en recuire qu’à l’étape… Et quand pourront-ils s’arrêter en paix ?
 
Les pains sans levain ! Un fait mémorable, un signe plus important qu’il n’y paraît, car il évoque la précipitation du départ, mais aussi la détermination de la foi lors d’un nouveau départ, le commencement d’une nouvelle vie. De cela ils auront à se souvenir, cela leur sera salutaire, car le temps tend à émousser les grands moments de la vie, à en ternir l’éclat… Or, cette mise en route d’Israël est bien une image du changement de cap, de la conversion donc, d’une âme qui s’engage dans le chemin de la vie avec Dieu.

37 Et les fils d'Israël partirent de Ramsès pour Succoth, environ six cent mille hommes de pied, les hommes faits, sans les petits enfants ; 38 et aussi un grand amas de gens monta avec eux, et du menu et du gros bétail, des troupeaux en très-grand nombre. 39 Et ils cuisirent en gâteaux sans levain la pâte qu'ils avaient emportée d'Égypte ; car elle n'avait pas levé, parce qu'ils avaient été chassés d'Égypte et n'avaient pu tarder ; ils ne s'étaient pas fait non plus de provisions.

Les Israélites sont dès lors en route, une errance qui durera quarante années alors que le chemin vers Canaan était de quelques jours seulement. Et, fait troublant pour eux, ils sont conduits vers le sud, le long de la Mer rouge, alors qu’ils se trouvaient principalement à l’est du delta du Nil, et sur la voie qui menait en quelques jours au pays de Canaan, au nord-est.

Six-cent mille hommes ! Cela peut représenter plus de trois millions d’âmes, en comptant les femmes et les enfants. Le nombre est impressionnant, surtout en considérant qu’il de la descendance de ces soixante-dix qu’était la famille de Jacob en Egypte (Genèse 46:27) quatre générations plus tôt (Genèse 3:16, Exode 6:16,18,20). Mais il est bien écrit "Et les fils d'Israël fructifièrent et foisonnèrent, et multiplièrent, et devinrent extrêmement forts ; et le pays en fut rempli" (Exode 1:7). Qu’en penser ? Cela imposerait que chaque homme ait en moyenne entre neuf et dix descendants mâles ayant atteint l’âge de procréer. Il pourrait s’agir ici d’une amplification bien commune aux récits anciens, mais il faut reconnaître que la tradition la plus ancienne que nous connaissions, celle de la Bible grecque des LXX, note également ce nombre de six cent mille hommes.
 
Quatre cent trente ans ! Pour ce qui concerne le nombre des années en Egypte, il est utile de considérer ce texte plus ancien des LXX : "Or, le séjour que les fils d’Israël avaient fait tant dans la terre d’Égypte que dans celle de Chanaan, avait duré quatre cent trente ans" (Exode 12:40, Bible des LXX). C’est bien la lecture qu’en faisait l’apôtre Paul lorsqu’il note que ce nombre d’années représente la période qui va du don de la promesse à Abraham à l’année de la sortie d’Egypte : "Or c'est à Abraham que les promesses ont été faites, et à sa semence… Or je dis ceci : que la loi, qui est survenue quatre cent trente ans après, n'annule point une alliance antérieurement confirmée par Dieu, de manière à rendre la promesse sans effet." (Galates 3:16-17). Ce sont ainsi quelque deux siècles que dura le séjour des Israélites en Egypte, une durée qui permet de comprendre que c’est la quatrième génération qui traversa la Mer des Joncs (Genèse 3:16).

40 Et l'habitation des fils d'Israël qui avaient habité en Égypte (La Bible des LXX indique : tant dans la terre d’Egypte que dans celle de Canaan), fut de quatre cent trente ans. 41 Et il arriva, au bout de quatre cent trente ans, il arriva, en ce même jour, que toutes les armées de l'Éternel sortirent du pays d'Égypte. 42 C'est une nuit à garder pour l'Éternel, parce qu'il les a fait sortir du pays d'Égypte ; cette nuit-là est à garder pour l'Éternel par tous les fils d'Israël, en leurs générations.

Quatre cent trente ans après le don de la promesse à Abraham (Galates 3:16-17), la quatrième génération descendant de Jacob, alias Israël, le patriarche, le peuple est sorti d’Egypte et entame une nouvelle vie, la vie avec Dieu, "ce qui est vraiment la vie" (1 Timothée 6:19). Cette nuit est à garder ! Il fallait absolument ne pas oublier cette grande délivrance, car le chemin pourra être long et plus difficile qu’imaginé, la lassitude pourra s’envahir du corps et de l’esprit, les "pourquoi" pourront s’infiltrer dans les pensées… Alors, tenir en mémoire le point de départ, regarder à ce que l’on a fui, est un exercice salutaire pour se garder d’abandonner la route, pour ressentir au plus profond de son être ce que représente de marcher dans la vraie vie, la vie de la foi. Ainsi les Israélites sont appelés à célébrer d’année en année cette réalité du départ, de la sortie d’Egypte, ce jour mémorable où ils ont emporté à la hâte leur pâte à pain non levée… Une exhortation souvent répétée, soulignant ainsi combien ce travail de mémoire est salutaire (Exode 12:14-20, 12:39, 13:6-7, 23:15, 29:2, 34:18, Lévitique 23:6-8, Nombres 28:16-25, Deutéronome 16:1-8).
 
Une nuit à garder ! Car nous comprenons combien il serait dangereux de laisser s’estomper la mémoire des jours d’engagement dans la vie de la foi !
 
Ainsi est établi le double mémorial, la Pâque célébrée en famille et les sept jours des Pains sans levain. Célébrations de cette nuit où Dieu conduisit le peuple choisi pour lui donner une nouvelle vie, lui donner de laisser derrière lui la servitude afin de marcher d’être des hommes "debout" dans la conscience de créatures de Dieu, et peut-être le sentiment d’avoir été créé à l’image de Dieu !

43 Et l'Éternel dit à Moïse et à Aaron : C'est ici le statut de la Pâque : Aucun étranger n'en mangera ; 44 mais tout esclave, homme acheté à prix d'argent, tu le circonciras ; alors il en mangera. 45 L'habitant et l'homme à gages n'en mangeront point. 46 Elle sera mangée dans une même maison ; tu n'emporteras point de sa chair hors de la maison, et vous n'en casserez pas un os. 47 Toute l'assemblée d'Israël la fera. 48 Et si un étranger séjourne chez toi, et veut faire la Pâque à l'Éternel, que tout mâle qui est à lui soit circoncis ; et alors il s'approchera pour la faire, et sera comme l'Israélite de naissance ; mais aucun incirconcis n'en mangera. 49 Il y aura une même loi pour l'Israélite de naissance et pour l'étranger qui séjourne parmi vous. 50 Et tous les fils d'Israël firent comme l'Éternel avait commandé à Moïse et à Aaron ; ils firent ainsi.
 
51 Et il arriva, en ce même jour, que l'Éternel fit sortir les fils d'Israël du pays d'Égypte, selon leurs armées.

Mais avant le mémorial de la délivrance, le peuple d’Israël doit reconnaître l’autorité divine. La famille est la cellule fondamentale de l’humanité selon le propos divin, et ainsi chaque foyer doit reconnaître son lien à Dieu en "sanctifiant" son premier-né. Il s’agira donc de présenter un sacrifice particulier lors de la naissance du premier-né. Quant aux animaux aussi, car tout appartient au Créateur, il s’agira de sanctifier le premier-né.

13  1 Et l'Éternel parla à Moïse, disant : 2 Sanctifie-moi tout premier-né, tout ce qui ouvre la matrice parmi les fils d'Israël, tant des hommes que des bêtes ; il est à moi.
 
3 Et Moïse dit au peuple : Souvenez-vous de ce jour, auquel vous êtes sortis d'Égypte, de la maison de servitude, car l'Éternel vous en a fait sortir à main forte ; et on ne mangera point de pain levé. 4 Vous sortez aujourd'hui, au mois d'Abib. 5 Et quand l'Éternel t'aura fait entrer dans le pays du Cananéen, du Héthien, de l'Amoréen, du Hévien, et du Jébusien, qu'il a juré à tes pères de te donner, pays ruisselant de lait et de miel, il arrivera que tu feras ce service en ce mois-ci. 6 Pendant sept jours tu mangeras des pains sans levain, et le septième jour il y aura une fête à l'Éternel. 7 On mangera pendant les sept jours des pains sans levain ; et il ne se verra point chez toi de pain levé, et il ne se verra point de levain chez toi, dans tous tes confins. 8 Et tu l’expliqueras à ton fils, en ce jour-là, disant : C'est à cause de ce que l'Éternel m'a fait quand je sortis d'Égypte. 9 Et cela te sera un signe sur ta main, et un mémorial entre tes yeux, afin que la loi de l'Éternel soit en ta bouche, car l'Éternel t'a fait sortir d'Égypte à main forte. 10 Et tu garderas ce statut en sa saison, d'année en année.

L’autorité de Dieu sur les familles des hommes, et la nouvelle naissance du peuple sont ici intimement liées. L’Éternel a rappelé son autorité par la mort des premiers-nés en Egypte, un peuple qui vivait dans l’ignorance de son Dieu ; quant à Israël, appelé à être serviteur de Dieu en ce monde, il se devait de reconnaître cette autorité dans ce geste de reconnaissance touchant les premiers-nés. Et aussi, chaque année, ils mangeront des pains sans levain pendant sept jours, le levain symbolisant ce qui s’oppose à Dieu pour apporter la ruine, ainsi que Paul écrira à propos de ce levain "qui fait monter la pâte toute entière" (Galates 5:9).

11 Et il arrivera, quand l'Éternel t'aura fait entrer dans le pays du Cananéen, comme il l'a juré à toi et à tes pères, et qu'il te l'aura donné, 12 que tu consacreras à l'Éternel tout ce qui ouvre la matrice, et tout ce qui ouvre la portière des bêtes qui t'appartiendront : les mâles seront à l'Éternel. 13 Et tout premier fruit des ânes, tu le rachèteras avec un agneau ; et si tu ne le rachètes pas, tu lui briseras la nuque. Et tout premier-né des hommes parmi tes fils, tu le rachèteras.
 
14 Et quand ton fils t'interrogera à l'avenir, disant : Qu'est-ce que ceci ? alors tu lui diras : À main forte l'Éternel nous a fait sortir d'Égypte, de la maison de servitude. 15 Et il arriva, quand le Pharaon s'obstinait à ne pas nous laisser aller, que l'Éternel tua tous les premiers-nés dans le pays d'Égypte, depuis le premier-né des hommes jusqu'au premier-né des bêtes ; c'est pourquoi je sacrifie à l'Éternel tout ce qui ouvre la matrice, les mâles, et je rachète tout premier-né de mes fils.

Les "pains sans levain" et l’offrande de sacrifice lors de la naissance d’un premier-né seront donc des signes assurant la pérennité du souvenir et la transmission du flambeau aux générations (13:8 et 14). Les bases indispensables de la fidélité à l’Alliance.

16 Et ce sera un signe sur ta main et un fronteau entre tes yeux, car à main forte l'Éternel nous a fait sortir d'Égypte.

Un signe, un fronteau… Plus tard des bandelettes portant des versets de la Bible seront portées sur des vêtements de prière, mais ici sans nul signe visible, nous voyons ici la réalité morale du service de mémoire, lequel est d’une toute autre nature que les gestes symboliques qui finissent souvent par s’accomplir par simple tradition.
 
Le regard du racheté doit être celui de l’homme conscient de l’opération de Dieu envers lui, et ses actes marqués par cette réalité qui donne sens à sa vie. Le regard du croyant ne peut être celui de l’homme asservi, car il est "debout" dans la conscience de la vie avec Dieu et conséquent dans toutes ses actions.


 
De la terre de Goshen à la Mer Rouge

Deux réalités sont ici devant nous, celle du monde oppresseur face à celle du peuple libéré. D’une part, le Pharaon vaincu ; moralement il n’a plus le ressort pour maintenir le peuple d’Israël en Egypte, mais son cœur n’est pas changé… D’autre part, les Israélites qui ont à parcourir leurs premiers pas d’hommes libres. Mais pourront-ils résister aux difficultés du chemin ? Et surtout à leur future situation dans le pays promis, là où ils devront faire preuve de fidélité au milieu des peuples de Canaan ! Alors l’Éternel les guide dans une voie propre à les former, les fortifier. Et ici nous pouvons penser que la pédagogie divine prend soin de ceux qui s’engagent dans le chemin de la nouvelle vie.
 
Plutôt que de monter le long de la Grande Mer, la Méditerranée, par le chemin le plus court, les Israélites sont conduits vers le sud, le long de la Mer rouge, avant qu’ils ne soient conduits face à la Mer des Joncs, le lieu de la traversée. Un grand détour.

17 Et il arriva, quand le Pharaon laissa aller le peuple, que Dieu ne les conduisit pas par le chemin du pays des Philistins, qui est pourtant proche ; car Dieu dit : De peur que le peuple ne se repente lorsqu'ils verront la guerre, et qu'ils ne retournent en Égypte. 18 Et Dieu fit faire un détour au peuple par le chemin du désert de la mer des Joncs ; et les fils d'Israël montèrent en ordre de bataille hors du pays d'Égypte.
 
19 Et Moïse prit les os de Joseph avec lui, car il avait expressément fait jurer les fils d'Israël, disant : Certainement Dieu vous visitera ; et vous ferez monter mes os d'ici avec vous.

Ce n’est pas un voyage exploratoire ! Le départ est définitif, et d’ailleurs un signe majeur l’atteste : ils emportent un cercueil bien précieux qui les relie aux patriarches, les dépositaires de la promesse qui s’accomplit pour eux. Ce sont les os de Joseph, emportés conformément à sa demande : "Et Joseph fit jurer les fils d'Israël, disant : Certainement Dieu vous visitera, et vous ferez monter d'ici mes os." (Genèse 50:25). Cet Israélite qui fut conduit le premier en Egypte afin de leur ménager un lieu de repos au cœur d’une terrible période de famine, a laissé ce message de foi, de confiance, en leur donnant cette directive. N’était-il pas envoyés par Dieu en Egypte pour "conserver la vie par une grande délivrance" (Genèse 45:7). Et à ce titre, le peuple si nombreux qui se trouve là, marchant le long de la Mer Rouge, lui doit en quelque sorte d’exister…
 
Le peuple est conduit par une colonne de nuée le jour, et de feu la nuit. Ce sont les étapes de Succoth et d’Etham, plus au sud encore, avant le retour au "lieu où poussent les joncs" – Pi-Hahiroth – sur les berges de la Mer des Joncs.

20 Et ils partirent de Succoth, et campèrent à Etham, à l'extrémité du désert. 21 Et l'Éternel allait devant eux, de jour dans une colonne de nuée pour les conduire par le chemin, et de nuit dans une colonne de feu pour les éclairer, afin qu'ils marchassent jour et nuit : 22 la colonne de nuée ne se retira point, le jour, ni la colonne de feu, la nuit, de devant le peuple.

14  1 Et l'Éternel parla à Moïse, disant : 2 Dis aux fils d'Israël qu'ils retournent en arrière et qu'ils campent devant Pi-Hahiroth, entre Migdol et la mer ; devant Baal-Tsephon, vis-à-vis, vous camperez près de la mer. 3 Et le Pharaon dira des fils d'Israël : Ils sont embarrassés dans le pays, le désert les a enfermés. 4 Et j'endurcirai le cœur du Pharaon, et il les poursuivra : et je serai glorifié dans le Pharaon et en toute son armée ; et les Égyptiens sauront que je suis l'Éternel. Et ils firent ainsi.

Et voici le peuple entre la mer et une tour de guet – Migdol – face à Baal-Tsephon, un lieu appelé d’un nom phénicien, sur la rive orientale des actuels lacs Amer, jusqu’où, alors, s’étendait la Mer Rouge. Ce retour vers Pi-Hahiroth pouvait paraître l’aveu d’une erreur d’itinéraire, mais pourtant la colonne de nuée était bien devant les Israélites. Et nous lisons que ce détour était fait pour que soit révélé le cœur du Pharaon. Laisser partir le peuple, il y fut bien contraint du fait de la douleur qui s’est répandue dans le pays et dans sa maison… Son état d’esprit n’en a pas été changé ; en effet, après avoir laissé partir le peuple, il manifeste toujours ce grand cynisme propre à tous ceux que le pouvoir enivre et aveugle…

5 Et il fut rapporté au roi d'Égypte que le peuple s'était enfui ; et le cœur du Pharaon et de ses serviteurs fut changé à l'égard du peuple, et ils dirent : Qu'avons-nous fait de laisser aller Israël, pour qu'il ne nous servît plus ? 6 Et il attela son char, et prit son peuple avec lui. 7 Et il prit six cents chars d'élite, et tous les chars de l'Égypte, et des capitaines sur tous. 8 Et l'Éternel endurcit le cœur du Pharaon, roi d'Égypte, et il poursuivit les fils d'Israël. Et les fils d'Israël sortaient à main levée. 9 Et les Égyptiens les poursuivirent ; et tous les chevaux, les chars du Pharaon, et ses cavaliers et son armée, les atteignirent campés près de la mer, près de Pi-Hahiroth, devant Baal-Tsephon.

Le demi-tour opéré à Etham, et l’approche des armées du Pharaon génèrent le doute et la contestation, et sans aucun doute l’expression en est heureuse, car une réponse peut alors être donnée, et elle est forte !

10 Et le Pharaon s'approcha, et les fils d'Israël levèrent leurs yeux, et voici, les Égyptiens marchaient après eux : et les fils d'Israël eurent une grande peur, et crièrent à l'Éternel ; 11 et ils dirent à Moïse : Est-ce parce qu'il n'y avait pas de sépulcres en Égypte, que tu nous as emmenés pour mourir dans le désert ? Que nous as-tu fait, de nous avoir fait sortir d'Égypte ? 12 N'est-ce pas ici la parole que nous te disions en Égypte, disant : Laisse-nous, et nous servirons les Égyptiens ? Car il nous vaut mieux servir les Égyptiens que de mourir dans le désert. 13 Et Moïse dit au peuple : Ne craignez point ; tenez-vous là, et voyez la délivrance de l'Éternel, qu'il opérera pour vous aujourd'hui ; car les Égyptiens que vous voyez aujourd'hui, vous ne les verrez plus, à jamais. 14 L'Éternel combattra pour vous, et vous, vous demeurerez tranquilles.

Quel enseignement ! Ils peuvent ici comprendre que leur délivrance ne vient pas d’un changement d’esprit de ceux qui les tenaient asservis, mais de l’Éternel qui leur fait des promesses fermes, leur disant "qu’il ne verraient plus jamais les Egyptiens", ils ne seraient plus menacés par leur armée prête ici à les asservir à nouveau. Hélas, nous voyons ici cette promptitude à clamer qu’il est préférable de servir les Egyptiens que de mourir dans le désert…
 
Et d’apprendre que l’Éternel combat pour eux, et qu’ils peuvent demeurer tranquilles. De la tranquillité d’esprit, l'empreinte de la foi.


 
Traversée de la Mer des Joncs
Exode 14:15-31

La tâche de Moïse est bien difficile ; il est placé entre l’Éternel qui conduit et le peuple qui marche vers un avenir inconnu ; ce peuple si fragile, porté à réclamer et plus rassuré par ce qu’ils connaissaient, le dur labeur dont ils étaient chargés, que par l’annonce d’un avenir plein d’incertitudes pour eux… L’aller et le retour le long de la Mer Rouge, jusqu’à se trouver entre les armées du Pharaon et la Mer, ne fut pas pour apporter la quiétude.
 
Moïse est pris à partie, ce qui exige de lui une force morale exceptionnelle ; il crie à Dieu alors qu’il connaît que l’Ange de Dieu conduit, et que le peuple est en passe d’être délivré définitivement de la puissance du Pharaon.
 
La foi du peuple est éprouvée, mais aussi l’endurance du serviteur, celui-ci confronté à la pression des Israélites, et ceux-là se trouvant hors du cadre asservissant mais connu, donc rassurant, dans lequel ils sont nés. Une parole sévère est adressée à Moïse : "Que cries-tu à moi ?" Et, averti de ce qui allait se passer, il reçoit les paroles à transmettre. "Parle aux fils d’Israël, et qu’ils marchent !"

15 Et l'Éternel dit à Moïse : Que cries-tu à moi ? Parle aux fils d'Israël, et qu'ils marchent. 16 Et toi, lève ta verge, et étends ta main sur la mer, et fends-la ; et que les fils d'Israël entrent au milieu de la mer à sec. 17 Et moi, voici, j'endurcirai le cœur des Égyptiens, et ils entreront après eux ; et je me glorifierai dans le Pharaon et en toute son armée, en ses chars et en ses cavaliers ; 18 et les Égyptiens sauront que je suis l'Éternel, quand je serai glorifié dans le Pharaon, en ses chars et en ses cavaliers.

La marche reprend, l’Ange de Dieu qui conduit le peuple se place alors à l’arrière, de là où vient l’ennemi. C’est sous la conduite de l’Envoyé de Dieu – traduction du terme "Ange" – que le peuple parcourt ces premières étapes. Jusque-là, le peuple a appris qu’il a, en l’Éternel, un Guide, mais il va apprendre ici qu’il trouve en Lui un Protecteur. La leçon est essentielle. Le croyant est délivré pour connaître la liberté et marcher dans le chemin de la foi, mais il doit savoir aussi qu’il est protégé. Ce sont là deux manifestations complémentaires de la grâce. Pourrions-nous penser que Dieu libère sans vouloir mener jusqu’au bout le racheté (1 Corinthiens 1:8) ? Mais de quelle protection s’agit-il pour le croyant ? Serait-il épargné des aléas de la vie sur la terre et des persécutions ? Telle n’est pas la réalité. Mais si le corps est mortel, dans la douleur même le croyant est soutenu dans son âme, dans sa foi.
 
Pour Israël, la protection manifestée par l’Envoyé de Dieu s’interposant entre le peuple et son exacteur est un signe majeur…

19 Et l'Ange de Dieu, qui allait devant le camp d'Israël, partit, et s'en alla derrière eux ; et la colonne de nuée partit de devant eux et se tint derrière eux ; 20 et elle vint entre le camp des Égyptiens et le camp d'Israël ; pour les uns, elle fut une nuée et des ténèbres, et pour les autres elle éclairait la nuit ; et l'un n'approcha pas de l'autre de toute la nuit. 21 Et Moïse étendit sa main sur la mer : et l'Éternel fit aller la mer toute la nuit par un fort vent d'orient, et mit la mer à sec, et les eaux se fendirent ; 22 et les fils d'Israël entrèrent au milieu de la mer à sec ; et les eaux étaient pour eux un mur à leur droite et à leur gauche. 23 Et les Égyptiens les poursuivirent, et entrèrent après eux, tous les chevaux du Pharaon, ses chars et ses cavaliers, au milieu de la mer. 24 Et il arriva, sur la veille du matin, que l'Éternel, dans la colonne de feu et de nuée, regarda l'armée des Égyptiens, et mit en désordre l'armée des Égyptiens. 25 Et il ôta les roues de leurs chars et fit qu'on les menait difficilement. Et les Égyptiens dirent : Fuyons devant Israël, car l'Éternel combat pour eux contre les Égyptiens.

Un fort vent d’orient ! Le peuple se met en marche face à ce vent qui dessèche le sol de la Mer des Joncs – un espace de faible profondeur sans doute, ainsi que nous pouvons le déduire des joncs qui le couvraient – mais qui en temps normal interdit le passage à l’autre rive. Le peuple fait la traversée, et lorsqu’il est passé, les flots recouvrent l’espace et arrêtent la progression des armées égyptiennes.

26 Et l'Éternel dit à Moïse : Étends ta main sur la mer, et les eaux retourneront sur les Égyptiens, sur leurs chars et sur leurs cavaliers. 27 Et Moïse étendit sa main sur la mer : et, vers le matin, la mer reprit sa force ; et les Égyptiens s'enfuirent à sa rencontre ; et l'Éternel précipita les Égyptiens au milieu de la mer. 28 Et les eaux retournèrent et couvrirent les chars et les cavaliers de toute l'armée du Pharaon qui était entrée après eux dans la mer ; il n'en resta pas même un seul. 29 Et les fils d'Israël marchèrent à sec au milieu de la mer, et les eaux étaient pour eux un mur à leur droite et à leur gauche. 30 Et l'Éternel délivra en ce jour-là Israël de la main des Égyptiens, et Israël vit les Égyptiens morts sur le rivage de la mer. 31 Et Israël vit la grande puissance que l'Éternel avait déployée contre les Égyptiens ; et le peuple craignit l'Éternel, et ils crurent à l'Éternel, et à Moïse son serviteur.

La délivrance ! Un moment de grâce particulier pour ce peuple craintif et prompt à douter. Ce jour-là les fils d’Israël ont connu la grandeur de l’Éternel et la qualité du prophète qui leur a été envoyé !


 
Les Cantiques de Moïse et de Myriam
Exode 15:1-21

La connaissance d’une si grande délivrance produit la louange à l’Éternel. C’est en chœur que les fils d’Israël chantent avec Moïse !
 
Un véritable enthousiasme, au sens étymologique du terme ! Goûtant la délivrance, le peuple se sent lié à Dieu, et pour ainsi dire "en Dieu"… Ainsi prononce-t-il ces paroles : "je lui préparerai une habitation !" La joie éprouvée les conduit à cette déclaration remarquable dans laquelle nous ne devons certes pas comprendre l’idée d’une maison qui lui serait construite… Retenons les paroles de Salomon lors de l’inauguration du Temple de Jérusalem : "Mais Dieu habitera-t-il vraiment sur la terre ? Voici, les cieux, et les cieux des cieux, ne peuvent te contenir ; combien moins cette maison que j'ai bâtie !" (1 Rois 8:27). Mais le sens moral est clair. Le peuple, saisi par la bonté de Dieu, exprime la pensée de vivre avec Dieu, auprès de Dieu… Ceci n’est pas sans rappeler les paroles de l’apôtre dans un contexte bien évidemment fort différent : "Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l'Esprit de Dieu habite en vous ?" (1 Corinthiens 3:16, voir aussi 6:19 et Éphésiens 2:21).
 
Nous lisons ainsi dans ce cantique ce désir de marcher dans la communion, avec Dieu – lui faire une habitation pour qu’Il puisse être toujours avec eux comme il a manifesté l’être lors de la traversée de la mer et de la débâcle de l’armée du Pharaon.

15  1 Alors Moïse et les fils d'Israël chantèrent ce cantique à l'Éternel, et parlèrent, disant :
 
   Je chanterai à l'Éternel, car il s'est hautement élevé ; il a précipité dans la mer le cheval et celui qui le montait.
2 Jah est ma force et mon cantique, et il a été mon salut. Il est mon Dieu, et je lui préparerai une habitation, - le Dieu de mon père, et je l'exalterai.
3 L'Éternel est un homme de guerre ; l'Éternel est son nom.
4 Les chars du Pharaon, et son armée, il les a jetés dans la mer ; l'élite de ses capitaines a été enfoncée dans la mer des Joncs.
5 Les abîmes les ont couverts ; ils sont descendus dans les eaux profondes, comme une pierre.
6 Ta droite, ô Éternel ! s'est montrée magnifique en force ; ta droite, ô Éternel ! a écrasé l'ennemi.
7 Et dans la grandeur de ta majesté, tu as détruit ceux qui s'élevaient contre toi ; tu as lâché ta colère, elle les a dévorés comme du chaume.
8 Et par le souffle de tes narines, les eaux se sont amoncelées ; les courants se sont dressés comme une muraille ; les abîmes sont devenus solides au cœur de la mer.
9 L'ennemi disait : Je poursuivrai, j'atteindrai, je partagerai le butin ; mon âme sera assouvie d'eux ; je tirerai mon épée, ma main les exterminera.
10 Tu as soufflé de ton souffle, la mer les a couverts ; ils se sont enfoncés comme du plomb dans les eaux magnifiques.
11 Qui est comme toi parmi les dieux, ô Éternel ? Qui est comme toi, magnifique en sainteté, terrible en louanges, opérant des merveilles ?
12 Tu as étendu ta droite, la terre les a engloutis.
13 Tu as conduit par ta bonté ce peuple que tu as racheté ; tu l'as guidé par ta force jusqu'à la demeure de ta sainteté.
14 Les peuples l'ont entendu, ils ont tremblé ; l'effroi a saisi les habitants de la Philistie.
15 Alors les chefs d'Édom ont été épouvantés ; le tremblement a saisi les forts de Moab ; tous les habitants de Canaan se sont fondus.
16 La crainte et la frayeur sont tombées sur eux : par la grandeur de ton bras ils sont devenus muets comme une pierre, jusqu'à ce que ton peuple, ô Éternel, ait passé, jusqu'à ce qu'ait passé ce peuple que tu t'es acquis.

Après avoir évoqué, aux premiers versets du cantique, l’idée de bâtir une habitation pour le Seigneur Dieu, vient la confiance d’être approché de "la demeure de la sainteté de Dieu". Il y a une réelle conscience du rachat, et une réelle joie dans cette confiance jusqu’à dépasser les termes de la promesse, le cantique n’évoquant pas même le pays "ruisselant de lait et de miel", mais s’attachant à un lien indéfectible avec l’Éternel, "à toujours et à perpétuité".

17 Tu les introduiras et tu les planteras sur la montagne de ton héritage, le lieu que tu as préparé pour ton habitation, ô Éternel ! le sanctuaire, ô Seigneur ! que tes mains ont établi.
18 L'Éternel régnera à toujours et à perpétuité.
19 Car le cheval du Pharaon est entré dans la mer, avec son char et ses cavaliers, et l'Éternel a fait retourner sur eux les eaux de la mer ; et les fils d'Israël ont marché à sec au milieu de la mer.

La joie est grande, l’élévation de la pensée atteint aux desseins du Seigneur Dieu pour l’éternité ! Ensuite, les femmes aussi expriment leur joie et leur reconnaissance autour de Marie, la sœur de Moïse, qui leur répond en des termes bien sobres touchant la grande délivrance qu’elles goûtent ensemble.

20 Et Marie, la prophétesse, sœur d'Aaron, prit un tambourin en sa main, et toutes les femmes sortirent après elle, avec des tambourins et en chœurs ;
21 et Myriam leur répondait : Chantez à l'Éternel, car il s'est hautement élevé ; il a précipité dans la mer le cheval et celui qui le montait.

Il est remarquable de lire comment le dessein de Dieu est développé, et exprimé avec confiance dans les paroles du "Cantique de Moïse". Soulignons ce grand mouvement de cœur qui conduit, en goûtant la délivrance, à désirer ardemment vivre avec Dieu, si grand et si bon, qui les a "rachetés", ceci exprimé en parlant de lui établir une habitation. Quelques jours plus tard, face aux eaux amères de Marra, ce seront des murmures à l’adresse de Moïse… Pour une partie du peuple, ce sera fini déjà de reconnaître l’action de l’Éternel Dieu, pour se tourner avec doute vers l’homme Moïse…
 
Ainsi le peuple retardera l’avènement de ses aspirations spirituelles en laissant s’insinuer le doute, en oubliant les leçons de la grande délivrance qu’ils ont pourtant goûté avec élan dans l’expression de ce cantique.


 
MARA ET ELIM
Exode 15:22-27

 
Le peuple est sorti d’Egypte, et nous pouvons comprendre combien la joie remplissait les cœurs, cette joie chantée par Moïse dans ce cantique auquel firent écho Myriam et les femmes qui "sortirent après elle". Mais faut-il penser que la démarche de la foi annule les aléas de la vie humaine, les difficultés du chemin ? Le croyant est-il en paix et heureux, épargné d’épreuves selon la mesure de sa foi ? Laisser entendre une telle idée serai induire de bien grandes erreurs de jugement et générer de grandes désillusions. Les joies de la foi sont d’une toute autre nature.
 
Telle est une des leçons que nous donnent les étapes de Mara et d’Elima, les premières haltes qui suivirent le rassemblement au-delà de la Mer des Joncs. Après trois journées de marche dans le désert, sans nul point d’eau où se désaltérer, voici enfin un puits… Mais les eaux sont amères, et la déception bien grande ! Immédiatement viennent les murmures, la contestation, la colère !

22 Et Moïse fit partir Israël de la mer des Joncs, et ils sortirent vers le désert de Shur ; et ils marchèrent trois jours dans le désert, et ne trouvèrent point d'eau. 23 Et ils vinrent à Mara ; mais ils ne pouvaient boire des eaux de Mara car elles étaient amères : c'est pourquoi son nom fut appelé Mara. 24 Et le peuple murmura contre Moïse, disant : Que boirons-nous ? 25 Et il cria à l'Éternel ; et l'Éternel lui enseigna un bois, et il le jeta dans les eaux, et les eaux devinrent douces.

Est-ce un piège que de conduire le peuple, par la colonne de feu ou de nuée qui montrait le chemin, dans ce désert aride, et devant ce puits aux eaux amères ? Que non ! Il s’agit d’apporter au peuple l’expérience de la grâce. Les murmures sont forts, mais la réponse n’en est que plus sensible et propre à être retenue. Des murmures répréhensibles ? Sans doute ! Mais Dieu attend-il la perfection dans l’homme ? Ne vient-il pas plutôt au devant des faiblesses des hommes pour répandre sa grâce, faire connaître sa patience, sa bonté et son dessein d’amour ? Il n’y a pas de répréhension dans ce passage, mais une directive donnée à Moïse placé dans une situation à laquelle il pouvait s’attendre. Et un enseignement salutaire.
 
Un bois jeté dans les eaux… Et elles sont rendues propres à la consommation. Qu’est-donc ce bois ? Celui désigné par l’Éternel à Moïse ; lequel accomplit le geste indiqué. Comment un Israélite pouvait-il comprendre ce qu’était ce bois ? Le bois jeté dans le puits n’est pas récupéré pour un autre usage, car le geste marque ici la foi, et non le commencement d’un rite superstitieux. Il restera dans les mémoires, du fait même de l’écriture de la scène, mais il faudra bien longtemps avant que l’on puisse comprendre…
 
Le bois plongé dans les eaux amères peut nous parler aujourd’hui, lorsque nous considérons l’amertume profonde attachée à la croix du Calvaire, comme il est écrit "Maudit quiconque est pendu au bois" (Galates 3:13, Deutéronome 21:23). Considérant le chemin de l’Homme Christ Jésus, le croyant dans la douleur peut considérer la souffrance qui toucha son Seigneur avant lui, et y trouver la consolation.
 
Tant Moïse qu'Israël sont éprouvés à Mara. Pour le peuple, c’est le doute et déjà les murmures, trois jours après la traversée de la Mer, et le prophète élève un cri, car il se trouve face à une vraie colère tournée contre lui sans avoir la réponse… La leçon de Mara est alors donnée, claire, encourageante.

26 Là il lui donna un statut et une ordonnance, et là il l'éprouva, et dit : Si tu écoutes attentivement la voix de l'Éternel, ton Dieu, et si tu fais ce qui est droit à ses yeux, et si tu prêtes l'oreille à ses commandements, et si tu gardes tous ses statuts, je ne mettrai sur toi aucune des maladies que j'ai mises sur l'Égypte, car je suis l'Éternel qui te guérit.

Notons que, dans la référence à l’Egypte, il n’est pas parlé des dix plaies, mais de "maladies", et nous comprenons que celui qui écoute la parole du Seigneur et la pratique sera gardé des maladies de l’esprit qui pourraient l’atteindre, il sera gardé des murmures ou de l’irritation devant Dieu (Exode 23:25, Jacques 5:14-15). La leçon apportée lorsque la colonne de feu conduisit le peuple à Mara permet alors de goûter véritablement un temps de paix ; alors que l’éducation de l’esprit se fait dans l’épreuve, elle conduit à goûter en vérité ce que sera l’aboutissement du dessein divin : introduire les fidèles dans la paix, la quiétude (Matthieu 11:28). Ainsi, le peuple ayant goûté des eaux de Mara rendues saines est conduit à Elim.

27 Puis ils vinrent à Élim, où il y avait douze fontaines d'eau et soixante-dix palmiers ; et ils campèrent là, auprès des eaux.

Douze fontaines, pour nous dire qu’il y a un lieu pour chacun, pour chacune des douze tribus, et un lieu où siège chacun des soixante-dix anciens (Exode 24:1).


 

Cette lecture est extraite du site : "Que dit l"Evangile ?" Des pages de la Loi, des Psaumes et des Prophètes. Des lectures de l'ensemble du Nouveau Testament.
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28/10/2012

Sortie d'Egypte - Le repas de la Pâque


 

Sortie d'Egypte - Le Repas de la Pâque
Exode 12

 
"Je vous ai portés sur des ailes d’aigle et je vous ai fait venir à moi" (Exode 19:4). Une parole en exergue pour exprimer l’essence des expériences du désert. En effet, les pleurs d’une nation taillable et corvéable à merci par le puissant pharaon ont été entendus, et c’est là, lorsque le Seigneur Dieu apporte la délivrance, que commence l’apprentissage des hommes. Voici qui illustre la conversion, le commencement de la nouvelle vie, ce qui est "vraiment la vie" (1 Timothée 6:19). Ayant saisi la proclamation ""Laisse aller mon peuple" (Exode 5:1), le croyant, saisissant la grâce, réalise la réalité de Dieu et la vérité de son message de libération : il peut vivre dans le chemin tracé par le Créateur, se détournant résolument de l'assujettissement à la puissance de "ce qui est dans le monde" (1 Jean 2:16) pour "servir le Dieu vivant et vrai" (1 Thessaloniciens 1:9).
 
Certes la vie avec Dieu, délivré du cadre parfois douloureux imposé par les puissants, n’est pas un parcours aisé. La foi vacille bien souvent, mais le cœur se fortifie. Tel est le chemin des Israélites dans le désert.

L’Eternel a vu la douleur du peuple et envoyé Moïse dire au Pharaon, par la bouche d’Aaron : "Laisse aller mon peuple !" (Exode 5:1). Un peuple soumis jusque là à une rude servitude, mais choisi pour porter les oracles de Dieu (Romains 3:2), et être ainsi serviteur de l’Éternel, un maître débonnaire comme l’exprime la louange de David (2 Samuel 22:36, Psaume 18:35) et le souligne la parole de Jésus (Matthieu 11:29, 21:5). Soulignons ici que le peuple n’est pas "élu" entre d’autres peuples en vertu de quelque mérite particulier, mais "choisi" selon le libre choix de Dieu, ainsi qu’il est écrit : "Ce n'est pas parce que vous étiez plus nombreux que tous les peuples, que l'Éternel s'est attaché à vous et vous a choisis ; car vous êtes le plus petit de tous les peuples…" (Deutéronome 7:7).

12  1  L'Éternel parla à Moïse et à Aaron dans le pays d'Égypte, disant : 2 Ce mois-ci sera pour vous le commencement des mois ; il sera pour vous le premier des mois de l'année. 3 Parlez à toute l'assemblée d'Israël, disant : Au dixième jour de ce mois, vous prendrez chacun un agneau par maison de père, un agneau par maison. 4 Et si la maison est trop peu nombreuse pour un agneau, que lui et son voisin le plus rapproché de sa maison, le prennent, selon le nombre des âmes ; vous compterez pour l'agneau d'après ce que chacun peut manger.

Ce n’est pas le nouvel-an tel que célébré à l’époque – celui-ci était fêté à l’automne – et pourtant ce mois du printemps sera déclaré "le commencement des mois". Car c’est alors que commence la nouvelle vie du peuple d’Israël. Fini l’assujettissement. Un petit peuple, jusque-là écrasé, se lève et se met en marche dans le chemin tracé par l’Eternel ! Dans chaque maison des Israélites, le regard est porté sur "l’agneau", signe dont la force est ressentie par tout fils d’Abraham, car il est écrit : "Mon fils, Dieu se pourvoira de l'agneau pour l'holocauste" (Genèse 22:8). Et c’est ainsi, en considérant le don de Dieu, que le repas du départ sera célébré, la célébration de "la pâque", c’est-à-dire du "passage", car, est-il expliqué plus loin, cette nuit-là passera sur l’Egypte un jugement, source d’une grande douleur, à moins qu’un signe de foi ne soit manifeste et épargne du jugement tous ceux qui seront dans la maison. Manifestation de grâce, et signe de libération d’un joug inflexible.

 
Le repas du départ - Exode 12:5-13

La nuit du départ, avant le don de la Loi, avant même les premiers pas dans le désert, nous voyons un peuple qui se prépare à une longue route, tenant compte des plus faibles et des enfants qui seront du voyage. Il faut plusieurs jours pour aller de la terre de Goshen au pays de Canaan, la terre promise à Israël. Ils ne peuvent connaître alors l’errance au désert qui durera quarante années.
 
Ce qu’il faut remarquer avant toute autre chose, c’est qu’il n’y a pas de grand rassemblement autour de Moïse, pas de large manifestation. La célébration a lieu dans chaque maison des Israélites. Il s’agit ici avant tout d’un engagement du chef de famille, marqué par des gestes explicites, à commencer par la mise à part d’un agneau qui sera sacrifié "entre les deux soirs", entre le coucher du soleil et la nuit le plus noire. Chaque maison doit être marquée, signalée, comme pour dire à tous "nous partons", "nous nous engageons dans une nouvelle vie" ! Le linteau et les poteaux de l’entrée sont badigeonnés du sang de l’agneau, l’agneau immolé dont ils goûteront la chair rôtie au feu. Un signe d’adhésion, de confiance, de foi dans la parole de l’Éternel.

5 Vous aurez un agneau sans défaut, mâle, âgé d'un an ; vous le prendrez d'entre les moutons ou d'entre les chèvres ; 6 et vous le tiendrez en garde jusqu'au quatorzième jour de ce mois ; et toute la congrégation de l'assemblée d'Israël l'égorgera entre les deux soirs. 7 Et ils prendront de son sang, et en mettront sur les deux poteaux et sur le linteau de la porte, aux maisons dans lesquelles ils le mangeront ; 8 et ils en mangeront la chair cette nuit-là ; ils la mangeront rôtie au feu, avec des pains sans levain, et des herbes amères. 9 Vous n'en mangerez pas qui soit à demi cuit ou qui ait été cuit dans l'eau, mais rôti au feu : la tête, et les jambes, et l'intérieur. 10 Et vous n'en laisserez rien de reste jusqu'au matin ; et ce qui en resterait jusqu'au matin, vous le brûlerez au feu. 11 Et vous le mangerez ainsi : vos reins ceints, vos sandales à vos pieds, et votre bâton en votre main ; et vous le mangerez à la hâte. C'est la pâque de l'Éternel. 12 Et je passerai par le pays d'Égypte cette nuit-là, et je frapperai tout premier-né dans le pays d'Égypte, depuis l'homme jusqu'aux bêtes, et j'exercerai des jugements sur tous les dieux de l'Égypte. Je suis l'Éternel. 13 Et le sang vous sera pour signe sur les maisons où vous serez ; et je verrai le sang, et je passerai par-dessus vous, et il n'y aura point de plaie à destruction au milieu de vous, quand je frapperai le pays d'Égypte.

L’agneau étant rôti, s’agira-t-il de prendre ce repas comme un festin enrichi de mets délicats. Que du contraire ! Le pain sera sans levain, et la viande sera préparée avec des herbes amères. Pas question non-plus de s’asseoir et de se congratuler comme en repas festif ! C’est debout qu’ils le prendront, prêts à partir, "les sandales aux pieds et le bâton à la main". Ce n’est pas peu de choses que ce geste ! Il fallait une conviction profonde pour quitter d’un geste une vie de servage afin de s’engager dans une marche avec l’Éternel vers un nouvel horizon. Une manifestation de foi en la parole de Dieu communiquée par ses envoyés ! La conviction qu’ils s’en vont vers un pays où ils jouiront de liberté, pourront marcher selon leur vocation, se tenir sur le chemin de Dieu. Mais avec la liberté, il y a la responsabilité…
 
En chemin, dans le désert, ils apprendront bien des choses sur eux-mêmes, ils constateront plus d’une fois qu’ils ne méritent pas ce qui leur est promis, mais toutes ces fois ils constateront la débonnaireté de Dieu… Non le laxisme, car la justice de Dieu n’est pas un vain mot, mais la bonté qui, sans jamais se départir de la justice, ne peut rencontrer d’empêchement…

 
Institution du mémorial - Exode 12:14-20

Le départ dans le chemin de la foi est d’une telle importance – il s’agit en fait d’une re-naissance, d’une nouvelle vie – qu’il faudra régulièrement repenser à ce départ. Aussi un mémorial est institué. D’année en année, il y aura lieu de se remémorer cette nuit, ces instants où, dans un geste de foi, la nouvelle vie a commencé. Et ce repas de la pâque pris dans la simplicité de la famille sera suivi d’une semaine bien particulière, ils ne mangeront durant ces jours nul pain levé, rien que du pain azyme ; c’est la "Fête des Pains sans levain", laquelle commence par un grand rassemblement et se termine pareillement, au septième jour.

14 Et ce jour-là vous sera en mémorial, et vous le célébrerez comme une fête à l'Éternel ; vous le célébrerez en vos générations comme un statut perpétuel.
 
15 Pendant sept jours vous mangerez des pains sans levain : dès le premier jour, vous ôterez le levain de vos maisons ; car quiconque mangera du pain levé, du premier jour au septième jour, cette âme-là sera retranchée d'Israël. 16 Et le premier jour vous aurez une sainte convocation, et le septième jour une sainte convocation ; il ne se fera aucune œuvre en ces jours-là ; seulement ce que chacun mangera, cela seul se fera par vous.
 
17 Et vous garderez la fête des pains sans levain, car en ce même jour j'ai fait sortir vos armées du pays d'Égypte ; et vous garderez ce jour-là en vos générations, comme un statut perpétuel. 18 Le premier mois, le quatorzième jour du mois, au soir, vous mangerez des pains sans levain, jusqu'au vingt et unième jour du mois, au soir. 19 Pendant sept jours il ne se trouvera point de levain dans vos maisons ; car quiconque mangera de ce qui est levé, cette âme-là sera retranchée de l'assemblée d'Israël, étranger ou Israélite de naissance. 20 Vous ne mangerez rien de levé ; dans toutes vos habitations vous mangerez des pains sans levain.

Devant la sévérité de cette injonction touchant la célébration de cette semaine, nous pourrions nous demander pourquoi ! Mais considérons la grâce de Dieu, sa bonté envers ces familles libérées. S’ils oubliaient la libération dont ils jouissent en vérité, qu’adviendrait-il d’eux ? Dans le cours des activités quotidiennes et soumis aux tracas de la vie, la foi tend à se dissoudre. Et que resterait-t-il alors, sinon l’oubli des délivrances passées, voire l’abandon de l’alliance. Et celle-ci se traduit alors par une attitude de mépris touchant le mémorial institué. Quelle importance dirions-nous de manger du pain azyme et non du pain levé pendant cette courte période de l’année ? Pour un Israélite, une telle question est déjà le chemin de l’abandon ! Car la foi, lorsqu’elle réalise les délivrances, la bonté de Dieu, ses desseins de grâce, ne se pose pas de telles questions, elle se réjouit de manifester pratiquement son attachement à l’Éternel.
Les manifestations cérémonielles étaient importantes en Israël dans son propre contexte, et ne sont pas le fait de la vie chrétienne. Mais il est deux signes majeurs qui sont essentiels : le baptême attestant de l’appartenance à une famille chrétienne, et le repas de la Cène. Ce dernier est la commémoration d’une délivrance plus grande encore que celle des Israélites quittant l’Egypte, une demande faite par le Seigneur lui-même : "Faites ceci en mémoire de moi" (Luc 22:19). Et les disciples y ont répondu en se réunissant chaque premier jour de la semaine, jour de la résurrection (Actes 20:7).
La question du levain doit être abordée. Que peut représenter de s’abstenir de la nourriture commune ainsi, pendant sept jours ? Nous lisons que, ayant quitté l’Egypte à la hâte, les Israélites n’ont pas pu attendre que le pain soit levé… Rappel de circonstance donc ? Pas seulement. Derrière ce fait, nous pouvons comprendre qu’il n’eût pas été bon de s’attarder, de prendre le temps de penser… Qu’auraient été ces pensées dans un moment aussi critique ? L’occasion d’hésitations, de mises en doute, d’étouffement du vrai mouvement de foi qui s’était manifesté !
 
La première mention du levain se trouve lors du repas préparé par Abraham au passage des trois hommes dans lesquels nous pouvons discerner une forme d’apparition de l’Éternel et des deux anges qui agirent à Sodome (Genèse 19:3). Le repas se fit sans levain. Et du levain, il ne pouvait en être présent dans les sacrifices offerts l’Éternel (Lévitique 2:4). Image donc de ce qui vient de l’homme, de l’imperfection, et même d’avantage, lorsque nous lisons la parole de l’apôtre : "Ôtez le vieux levain, afin que vous soyez une nouvelle pâte, comme vous êtes sans levain. Car aussi notre pâque, Christ, a été sacrifiée" (1 Corinthiens 5:7). Et voici la clé de cette célébration, image de la vie du croyant libéré pour marcher selon Dieu, délivré en vertu du sacrifice de Christ, l’agneau de Dieu.


 
La nuit du départ - Exode 12:21-28

L’enseignement étant donné, voici le moment de mettre la parole en pratique. Il s’agit d’un appel à la foi de tous les Israélites, car il en fallait pour croire à la grâce exercée pour quiconque aura reçu la parole touchant l’agneau et aura appliqué son sang à l’entrée de la maison. Le geste posé par le chef de famille, sa foi personnelle donc, est au bénéfice de tous ceux qui sont à l’abri de sa maison, alors même que sa foi pourrait n’être pas partagée par tous, et qu’elle ne pourrait être comprise par les petits enfants. Mais toutes les âmes qui sont dans la maison sont "mises à part" et engagées dans la voie qui mènera au pays "ruisselant de lait et de miel".
Nous voyons ici combien, à côté du principe que la foi est une relation personnelle avec Dieu, la famille est un principe fondamental aux yeux du Créateur. La famille toute entière est conduite hors d’Egypte en vertu de la foi du chef de famille. Nous lisons ce même principe dans les écrits de l’apôtre : "Car le mari incrédule est sanctifié par la femme, et la femme incrédule est sanctifiée par le frère (son mari) ; puisque autrement vos enfants seraient impurs ; mais maintenant ils sont saints." (1 Corinthiens 7:14). "Saints", entendons-nous : ce terme signifie "mis à part", il n’induit pas autre chose que l’affirmation d’une place particulière au regard de Dieu, et n’ôte en rien la responsabilité personnelle de chaque homme face à la rédemption offerte.
Le moment était venu de mettre en pratique les directives touchant le départ, et notamment la préparation du repas pascal. Un nouveau malheur devait atteindre l’Egypte, la "dixième plaie" (Exode 11) afin que soit établi que la parole de Dieu devait être entendue. Pour les Israélites, la foi manifestée par l’application du sang de l’agneau à l’entrée de la maison était l’abri de leurs familles.

21 Et Moïse appela tous les anciens d'Israël, et leur dit : Tirez à part et prenez du menu bétail selon vos familles, et égorgez la pâque. 22 Et vous prendrez un bouquet d'hysope, et vous le tremperez dans le sang qui sera dans le bassin ; et du sang qui sera dans le bassin, vous aspergerez le linteau et les deux poteaux ; et nul d'entre vous ne sortira de la porte de sa maison, jusqu'au matin. 23 Car l'Éternel passera pour frapper les Égyptiens ; et il verra le sang sur le linteau et sur les deux poteaux, et l'Éternel passera par-dessus la porte, et ne permettra pas au destructeur d'entrer dans vos maisons pour frapper.
 
24 Vous garderez cela comme un statut pour toi et pour tes enfants, à toujours. 25 Lorsque vous serez entrés dans le pays que l'Éternel vous donnera, comme il l'a dit, il arrivera que vous garderez ce service. 26 Et quand vos enfants vous diront : Que signifie pour vous ce service ? 27 il arrivera que vous direz : C'est le sacrifice de la pâque à l'Éternel, qui passa par-dessus les maisons des fils d'Israël en Égypte, lorsqu'il frappa les Égyptiens et qu'il préserva nos maisons. Et le peuple s'inclina, et ils se prosternèrent.
 
28 Et les fils d'Israël s'en allèrent, et firent comme l'Éternel l'avait commandé à Moïse et à Aaron ; ils firent ainsi.

Ce jour était exceptionnel. Les Israélites en avaient fini d’être des serfs taillables et corvéables à merci. Ils allaient entreprendre une nouvelle vie, en lien avec l’Éternel, le Créateur des cieux et de la terre, une vie "d’hommes debout". Ils ne passaient pas d’un esclavage à un autre, d’un assujettissement à un nouveau, mais entraient dans la vraie vie, celle que Dieu a voulue pour l’homme. Ils étaient appelés à saisir "ce qui est vraiment la vie" (1 Timothée 6:19). Et la commémoration de ce départ fournissait aux chefs de famille l’occasion de répondre aux questions de leurs enfants, et leur rappeler d’année en année quelle est leur propre vocation…
 
Cette nuit, dès que l’agneau fut immolé et le sang appliqué à l’entrée de la maison, le repas fut rapide, pris à la hâte en tenue de voyage… Expression de détermination qui ne laisse pas le temps aux doutes, aux mises en question. Ils laissaient derrière eux la richesse de l’Egypte, mais aussi leur propre assujettissement…
 
Comment ne pas lire ici ce qui est le fait du départ dans la vie de foi de tout homme dont les yeux se sont ouverts aux réalités éternelles, dont la vie est transformée ? Et cela ne peut que se constater… "Car eux-mêmes racontent de nous quelle entrée nous avons eue auprès de vous, et comment vous vous êtes tournés des idoles vers Dieu, pour servir le Dieu vivant et vrai, et pour attendre des cieux son Fils qu'il a ressuscité d'entre les morts, Jésus, qui nous délivre de la colère qui vient" (1 Thessaloniciens 1:9-10).

 
Célébrations relevées dans la Bible hébraïque

Lors de la sortie d’Egypte, la foi des Israélites dans la parole prononcée par Moïse s’est exprimée, et c’est un peuple "debout", délivré déjà dans son esprit de l’assujettissement, qui se préparait au départ en prenant le repas de la Pâque. Une image très forte des premiers pas dans la foi, pour quiconque se tourne vers Dieu "pour servir le Dieu vivant et vrai" (1 Thessaloniciens 1:9).
 
Ce n’est pas sans raison qu’il fut demandé aux Israélites de répéter d’année en année "le repas pascal", célébrant ainsi en famille ce mémorial au cours duquel chacun était conduit à repenser son appel et induire des questions aux plus jeunes. Et après le repas pris dans la soirée – le commencement du jour selon la lecture biblique, "il y eût soir, il y eût mâtin" (Genèse 1:5) – lorsque le jour paraît, vient une grande célébration pour le peuple tout entier. C’est la "Fête des Pains sans levain" qui s’étend sur sept jours. Au septième jour, vient en clôture une nouvelle invitation à une cérémonie publique (Lévitique 23:5-7, Nombres 28:16-25).
 
Le texte biblique a retenu quelques célébrations particulières de cette fête annuelle.
Au désert de Sinaï, après le don de la Loi (Nombres 9:1-14)
Un an après la sortie d’Egypte, le peuple célèbre la Pâque et les Pains sans levain autour du Tabernacle. Deux dispositions importantes sont mentionnées. D’une part, les Israélites doivent recevoir les étrangers qui souhaitent célébrer la Pâque, et d’autre part, ceux qui ne pourraient célébrer la Pâque au premier mois sont appelés à le faire au second mois.
A l’entrée en Canaan, à Guilgal (Josué 5:10-12). Pour la première fois, le pain sans levain fut préparé avec du blé du pays. La manne cessa dès lors. C’est une nouvelle étape de la vie...
Sous Ezéchias (2 Chroniques 30).
Alors que le royaume du nord est en plein marasme politique et spirituel, Ezéchias, roi de Juda, appelle tous les Israélites à célébrer la Pâque. Les prêtres n’étant pas en mesure de célébrer la Pâque au premier mois, la fête est organisée au deuxième mois. Des messagers sont envoyés dans tout le pays, et notamment au nord où ils sont mal reçus. Mais des Israélites de toutes les tribus se rassemblèrent à Jérusalem pour la célébration ; il y eût une grande joie lors de ce réveil spirituel.
Sous Josias(2 Rois 23, 2 Chroniques 35:1-19)
Alors que le Temple était fermé, signe d’une ruine spirituelle gravissime, un jeune roi se lève, engage des travaux de restauration et fait reprendre le service sacerdotal. Le Livre de la Loi est alors retrouvé ! C’est dire l’état spirituel du peuple. Mais la fidélité et le dynamisme de ce jeune roi conduit à un nouveau réveil spirituel. La Pâque est célébrée avec joie. Un dernier sursaut de la foi avant le déclin que pleura le prophète Jérémie avec tous les fidèles.
Au retour de Babylone (Esdras 6:19-22)
Rebâtir le Temple n’a pas été œuvre aisée. Non tant par l’importance de la tâche, mais du fait de l’opposition, des pressions venant des notables non-Israélites de la contrée. Mais les prophètes Aggée et Zacharie ont ranimé la foi. Les travaux abandonnés pendant des années ont abouti et le Second Temple a été inauguré une vingtaine d’années après la sortie de Babylone. La Pâque est alors célébrée avec joie ; l’expression d’une vraie renaissance.

 
Célébration avant la Passion du Christ - Luc 22:14-46

La nuit précédant la crucifixion (Mat.26:17-25, Marc 14:12-21, Luc 22:7-20, Jean 13:31-14:31), Jésus prend le repas de la Pâque avec ses disciples. Un repas d’une exceptionnelle importance comme nous le lisons à ces mots : "J’ai fort désiré de manger cette pâque avec vous, avant que je souffre". La sortie d’Egypte, la mise à l’abri de la puissance du Pharaon… cette délivrance est signe d’une autre libération, non d’une puissance humaine, mais de l’emprise de ce qui éloigne de Dieu. Ainsi ce moment est essentiel, car il conduit de la figure annonciatrice à l’accomplissement de l’œuvre de rédemption

 
La coupe qui clôture le repas pascal – Luc 22:14-18

Jésus "reçoit" une coupe, la dernière du repas, celle qui le clôture. Il l’accepte et évoque le royaume de Dieu qui doit venir avant de la faire circuler de mains en mains afin que chacun des convives y prennent part. Nous voyons ici une coutume bien établie, la dernière coupe du repas de la Pâque est un geste de communion et d’espérance, ou mieux un signe de communion dans l’espérance.

14 Et quand l'heure fut venue, il se mit à table, et les douze apôtres avec lui. 15 Et il leur dit : J'ai fort désiré de manger cette pâque avec vous, avant que je souffre ; 16 car je vous dis que je n'en mangerai plus jusqu'à ce qu'elle soit accomplie dans le royaume de Dieu. 17 Et ayant reçu une coupe, il rendit grâces et dit : Prenez ceci et le distribuez entre vous, 18 car je vous dis que je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu'à ce que le royaume de Dieu soit venu.

Par les paroles prononcées, le Seigneur a fait état de la restauration d’Israël, selon la promesse maintes fois rappelées par les prophètes, une promesse qui sera confirmée encore par les apôtres et notamment par Jean, lorsqu’il rendra compte de ce qui lui fut révélé : "Le royaume du monde de notre Seigneur et de son Christ est venu, et il régnera aux siècles des siècles" (Apocalypse 11:15, voir aussi 12:10). Par cette coupe passée de main en main, le repas de la Pâque s’est achevé.

 
La deuxième coupe – Luc 22:20

Ensuite vient un geste distinct, nouveau. Nouveau, car il est hors de toute tradition. Ici, Jésus prend l’initiative et, dans ce geste, institue un autre repas composé d’un seul pain partagé entre tous et d’une coupe qui passe de main en main, un geste simple de mémorial.

19 Puis il prit du pain; après avoir rendu grâces, il le rompit et le leur donna, en disant : Ceci est mon corps, qui est donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. 20 Il fit de même avec la coupe, après le souper, en disant : Cette coupe est la alliance nouvelle en mon sang, qui est répandu pour vous.

Jésus dit "Ceci est mon corps" et ensuite "Ceci est mon sang". Soulignons la simplicité du geste. Paul, dans la nécessité d’en écrire aux Corinthiens (1 Corinthiens 11:16,20-26), confirme cette sobriété du geste et des paroles, montrant ainsi comment était reçu et mis en pratique le repas du mémorial de la mort de Jésus, ce dont les Actes des apôtres rendent aussi témoignage, lorsqu’il est écrit : "Et le premier jour de la semaine, lorsque nous étions assemblés pour rompre le pain…" (Actes 20:7). Et Paul atteste qu’n prenant part à la Cène, le croyant prenait bien une portion de pain (1 Corinthiens 11:26). Lorsque le Seigneur est au milieu de ses disciples, et qu’il dit "Ceci est mon corps, mon sang", nul ne pouvait se méprendre ; il y avait là, devant eux, d’un côté Jésus en personne et de l’autre ce qui allait être le symbole de son corps dans lequel il allait souffrir, et le symbole de sa vie donnée pour prix de notre rédemption, le prix de l’alliance nouvelle, car "le sang c’est la vie" (Genèse 9:4). "Christ étant venu… est entré une fois pour toutes dans les lieux saints avec son propre sang, ayant obtenu une rédemption éternelle" (Hébreux 9:11-12).

 
Une troisième coupe – Luc 22:39-46

Après le repas de la Pâque, prise une dernière fois avant que ne vienne le règne du Messie, et après l’institution de la Cène, repas de mémorial de la rédemption pour les croyants aujourd’hui, vient une troisième coupe, la part exclusive de Jésus. Cette coupe est le jugement divin qu’Il allait endurer en sacrifice expiatoire.

39 Et sortant, il s'en alla, selon sa coutume, à la montagne des Oliviers, et les disciples aussi le suivirent. 40 Et quand il fut en ce lieu-là, il leur dit : Priez que vous n'entriez pas en tentation. 41 Et il s'éloigna d'eux lui-même environ d'un jet de pierre, et s'étant mis à genoux, il priait, 42 disant : Père, si tu voulais faire passer cette coupe loin de moi ! Toutefois, que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui soit faite. 43 Et un ange du ciel lui apparut, le fortifiant. 44 Et étant dans l'angoisse du combat, il priait plus instamment ; et sa sueur devint comme des grumeaux de sang découlant sur la terre. 45 Et s'étant levé de sa prière, il vint vers les disciples, qu'il trouva endormis de tristesse ; 46 et il leur dit : Pourquoi dormez-vous ? Levez-vous, et priez afin que vous n'entriez pas en tentation.

L’heure, cette heure connue du Seigneur, était venue. Un mystère est près d’être révélé, à savoir comment Dieu, saint et juste, pourra résoudre l’énigme de la grâce annoncée par les prophètes : c’est dans le respect de sa sainteté et de sa justice qui les fautes des hommes peuvent être effacées (Ésaïe 1:18, Michée 7:9). Celui dont Dieu s’est pourvu avant que l’homme ait été créé (1 Pierre 1:19-20), celui qui est annoncé dans le sacrifice offert par Abraham (Genèse 22:8) et évoqué par tous les sacrifices offerts (Hébreux 10:4,8), a reçu la coupe du jugement (Ésaïe 53:5).
 
Il est "l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde !" (Jean 1:29), celui qui est annoncé par le sacrifice offert par les Israélites, chacun dans sa maison, lors du repas de la Pâque. "Un agneau sans défaut, mâle, âgé d'un an… toute la congrégation de l'assemblée d'Israël l'égorgera entre les deux soirs… et ils en mangeront la chair cette nuit-là ; ils la mangeront rôtie au feu, avec des pains sans levain

 

Cette lecture est extraite du site : "Que dit l"Evangile ?" Des pages de la Loi, des Psaumes et des Prophètes. Des lectures de l'ensemble du Nouveau Testament.
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31/08/2012

Le Serpent d'Airain


 

Le Serpent d'Airain
 
Moïse fit un serpent d'airain, et le plaça sur une perche ;
lorsqu'un serpent avait mordu un homme,
et qu'il regardait le serpent d'airain,
il restait en vie.
Nombres 21:9

 
L’image d’un serpent accrochée à une perche, élevée à la vue de tout un peuple, une pièce d’airain, un morceau de métal passé au feu ! Une des figures les plus marquantes de la guérison de l’âme du croyant ! Cette scène dont il sera parlé bien longtemps, et encore aujourd’hui dans l’Evangile (Jean 3:14-16), tient en quelques lignes au livre des Nombres, et donne à comprendre tout à la fois la bonté de Dieu disposant, face aux conséquences des errements des hommes, d’une ressource dont ils ont à se saisir par la foi, et la difficulté pour l’homme de se tenir dans le chemin de la fidélité à Dieu au travers des aléas de la vie, à bien des égards une traversée du désert ; non un espace sans vie, mais une route si longue et pleine d’aléas qu’elle menaçe tout homme d’assèchement spirituel et moral…
 
Lisons ! Le récit nous montre les Israélites au cours de leur quarantième année au désert, peu après qu’Aaron ait été "réuni aux siens" (Nombres 20:22-29 et 33:38).

Ils partirent de la montagne de Hor, par le chemin de la mer des Joncs, pour contourner le pays d'Édom. Le peuple se découragea en chemin. Le peuple parla contre Dieu et contre Moïse : Pourquoi nous avez-vous fait monter d'Égypte pour mourir dans le désert ? Il n'y a ni pain ni eau et notre âme est dégoûtée de ce pain misérable. Alors l’Éternel envoya parmi le peuple des serpents brûlants ; ils mordaient le peuple, et il mourut beaucoup de gens d'Israël. Le peuple vint trouver Moïse et dit : Nous avons péché, car nous avons parlé contre l'Éternel et contre toi ; prie l'Éternel pour qu'il éloigne de nous ces serpents. Moïse pria pour le peuple. L'Éternel dit à Moïse : Fais-toi un serpent brûlant et place-le sur une perche ; quiconque aura été mordu, et le regardera, vivra. Moïse fit un serpent d'airain, et le plaça sur une perche ; lorsqu'un serpent avait mordu un homme, et qu'il regardait le serpent d'airain, il restait en vie. (Nombres 21:4-9).

Outre ce décès, le peuple vivait très mal une nouvelle déconvenue, le refus des Edomites, leurs cousins, de les laisser passer en paix par leur pays pour entrer au "pays ruisselant de lait et de miel", le pays promis (Exode 3:8). D’inévitables "Pourquoi ?" surgissent, et rien ne paraît plus justifier un tel effort, tant d’années marquées par l’espérance, le campement autour du Tabernacle, les fêtes solennelles, le service sacerdotal… Et la manne dispensée chaque jour de la semaine, doublée la veille du shabbat pour que le peuple puisse concentrer sa pensée sur le repos de Dieu, ce repos préparé pour qu’ils y aient part… Cette manne de saveur délicieuse, "un gâteau au miel" (Exode 16:31), avait perdu pour eux la saveur des commencements. Certes, déjà au Sinaï, elle n’avait plus pour eux que le goût d’une gâteau à l’huile (Nombres 11:8)… Comme aujourd’hui ! Combien ont "goûté la bonne parole de Dieu" et sont en danger de se lasser en chemin, n’ayant pas saisi l’injonction à "montrer jusqu’à la fin le même empressement" (Hébreux 6:5,11).
 
Découragement face au nouveau détour dans le chemin qui mène au pays promis, et dégoût devant les privilèges insignes donnés de Dieu… Ce sont bien là les "serpents brûlants" qui minent la vie du croyant, lui font perdre la paix et la confiance !

 
Le serpent ancien et "ce qui est dans le monde"

Les serpents, une figure bien connue pour tout Israélite. Il n’est pas une acception dans l’Ecriture qui fasse considérer positivement cet animal qui rampe dans la poussière de la terre. Image de l’apostasie dans la parole prophétique de Jacob touchant la tribu de Dan (Genèse 49:17) ; image de mort dans les actes de Moïse (Exode 4:3 et 7:9) comme dans les paroles des prophètes (Esaïe 14:29, Amos 9:3, Jérémie 8:17…) ; mais avant tout un enseignement majeur : celui de la tentation qui induit l’homme à se détourner de son Créateur. Cette scène pleine de sens nous conduit à considérer le "serpent ancien" (Apocalypse 12:9) insinuant l’infidélité, car l’homme devait être créé libre pour pouvoir connaître la bonté de Dieu et être établi dans le repos de Dieu, "à la louange de la gloire de sa grâce dans laquelle il nous a rendus agréables dans le Bien-aimé" (Éphésiens 1:6).
 
Le "serpent ancien" vint vers Eve avec ces paroles : "Quoi, Dieu a dit : Vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin ?" Un autre regard, et le doute s’installe… "La femme vit que l'arbre était bon pour la nourriture, et plaisant pour la vue, et désirable pour rendre intelligent. Elle prit de son fruit et en mangea ; et elle en donna aussi à son mari qui était avec elle, et il en mangea." (Genèse 3:1,6).
 
Ainsi, dans ce récit ancien, les sages de ce temps reculés pénétraient ce qu’est la réalité du monde ; entendons les motivations qui conduisent un monde sans Dieu, ce que Jean, l’apôtre, évoquait dans cette exhortation : "N'aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde ; si quelqu'un aime le monde, l'amour du Père n'est pas en lui ; car tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l'orgueil de la vie, n'est pas du Père, mais du monde." Et il ajoutait : "Or le monde passe, et sa convoitise, mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement." (1 Jean 2:15-17). Nous ne pouvons même un instant penser que l’apôtre traduisait pa ces mots tous les comportements des hommes, car il se rencontre nombre d’actes remarquables d’humanité, mais bien des réalités de ce monde qui ne sont pas de Dieu, qui sont à l’opposé de la pensée de Dieu et minent la vie des hommes. "Bon pour la nourriture" lisons-nous dans le récit ancien, "la convoitise de la chair" exprime l’apôtre ; "plaisant à la vue", soit "la convoitise des yeux" ; "désirable pour rendre intelligent", ce qui se traduit par "l’orgueil de la vie".

 
Le regard de la foi

Le serpent d’airain figure bien la ressource à tous les maux engendrés par les errements des hommes ! Celui qui s’est laissé surprendre peut connaître la délivrance, trouver la vie. S’il croit au message de Dieu, il tourne le regard avec confiance vers le serpent façonné par Moïse dans le feu, signe du jugement dont il est alors lui-même épargné ! Et avec justice, car en vertu d’un autre sacrifice ; en effet le serpent n’est-il pas fondu dans le métal même de l’autel du sacrifice (Exode 27:1-6) !
 
Comme, bien plus tard, le brigand sur la croix qui, se tournant vers le Christ dira : "Souviens-toi de moi, Seigneur, quand tu viendras dans ton royaume" ; il avait compris qui était à côté de lui, mais ne pouvait sans doute réaliser en prononçant ces mots la grandeur du pardon qui allait être sa part ; et il reçoit cette parole : "En vérité, je te dis : Aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis." (Luc 23:43).
 
Jean exprime le chemin de la réconciliation avec Dieu par cette parole : "Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, il faut, de même, que le Fils de l'homme soit élevé, pour que quiconque croit ait en lui la vie éternelle. Car Car Dieu a tant aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu'il ait la vie éternelle" (Jean 3:14-16).
 
Les Israélites surpris dans le désert… Pensons-nous que leur regard rencontrant fortuitement le serpent d’airain les ait délivrés ? Serait-ce cela la leçon donnée ? Nous comprenons que le récit nous fait entrer dans le sentiment du désastre, la douleur et la crainte d’un avenir funeste ; et cela conduit les hommes frappés d’un si grand mal à chercher du secours et croire en la parole prononcée. Il y a une ressource, comme pour Caïn, malade de jalousie à l’égard de son frère Abel entendit "Si tu fais bien, ne seras-tu pas agréé ? Et si tu ne fais pas bien, le péché (le sacrifice pour le péché) est couché à la porte" (Genèse 4:7). La réponse de l’Éternel, transmise par Moïse, est qu’il se trouve une ressource pour qui fait avec foi appel à la miséricorde de Dieu. La délivrance suit un acte de foi…

 
L’acte de foi n’est pas un geste rituel

Pourquoi souligner cette réalité spirituelle, la mettant en contraste avec le geste simple du regard porté sur le serpent ? Parce qu’au cours des siècles, le serpent finit par devenir un objet de culte, de vénération, alors qu’il n’était qu’un signe. Et le roi Ezéchias, un homme fidèle, en comprit la dérive. Lorsqu’il nettoya son pays des idoles qui y avaient fleuri, il joint à ce mouvement la destruction de cet objet si précieux à la mémoire des Israélites… Tant son usage en avait été détourné ! "Il ôta les hauts lieux, brisa les statues, coupa les ashères et mit en pièces le serpent d'airain que Moïse avait fait, car jusqu'à ces jours-là les fils d'Israël lui brûlaient de l'encens ; et il l'appela : Nehushtan" (2 Rois 18:4). Nehushtan, c’est-à-dire "une pièce d’airain" !  Ce n’était rien de plus. Car en effet, ce n’est pas l’objet, mais le geste de foi, fut-ce face à ce signe, qui avait du sens au regard de Dieu comme au regard de la foi.
 
Ce qui était à célébrer, c’est la foi de ces hommes surpris par les serpents qui ont tourné le regard vers le serpent au sommet du bâton ; ces hommes exprimaient ainsi avoir reçu la parole transmise par Moïse, l’objet présenté à leur regard, si précieuse soit la symbolique qu’il portait, n’était que le moyen d’exprimer leur confiance en Dieu.
 
Nulle figure, nulle statue, nulle icône n’a de valeur en soi… Le culte rendu au serpent d’airain était ainsi assimilé aux cultes d’idoles. Pensons à Ezéchias lui-même. Lorsqu’il fut éprouvé par la lettre mauvaise adressée par l’émissaire du roi d’Assyrie, que fit-il ? Des processions, des invocations, des fumées d’encens ? Rien de tout cela ! Il déploya la lettre devant l’Éternel, accompagné en cela par le prophète Esaïe, et exprima ainsi sa confiance : "Éternel des Armées, Dieu d'Israël, qui es assis sur les keroubim, c'est toi seul qui es Dieu pour tous les royaumes de la terre, c'est toi qui as fait le ciel et la terre. Seigneur, tends l'oreille et entends ! Seigneur, ouvre les yeux et vois ! Ecoute toutes les paroles que Sennachérib a envoyées pour outrager le Dieu vivant !" (Esaïe 37:16-17). Ainsi voyons-nous cet homme de foi dans l’expression de sa confiance en Dieu. Et nous comprenons son geste fort et clair, lorsqu’il clama "Nehushtan" à propos du serpent d’airain devenu objet de culte…

 
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Ce récit, une "expérience du désert", apprit aux Israélites dans des temps très reculés, combien l’Éternel est prompt à faire grâce à quiconque s’attend à sa bonté, à sa miséricorde. Une pensée soutenue par cette image forte des serpents ravageant leurs rangs, "ce qui est en ce monde" et qui ne vient pas de Dieu, et l’offre de guérison venant de l’Éternel.

 

Cette lecture est extraite du site : "Que dit l"Evangile ?" Des pages de la Loi, des Psaumes et des Prophètes. Des lectures de l'ensemble du Nouveau Testament.
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20:30 Publié dans Expériences du désert | Eric