31/08/2012

Le Serpent d'Airain


 

Le Serpent d'Airain
 
Moïse fit un serpent d'airain, et le plaça sur une perche ;
lorsqu'un serpent avait mordu un homme,
et qu'il regardait le serpent d'airain,
il restait en vie.
Nombres 21:9

 
L’image d’un serpent accrochée à une perche, élevée à la vue de tout un peuple, une pièce d’airain, un morceau de métal passé au feu ! Une des figures les plus marquantes de la guérison de l’âme du croyant ! Cette scène dont il sera parlé bien longtemps, et encore aujourd’hui dans l’Evangile (Jean 3:14-16), tient en quelques lignes au livre des Nombres, et donne à comprendre tout à la fois la bonté de Dieu disposant, face aux conséquences des errements des hommes, d’une ressource dont ils ont à se saisir par la foi, et la difficulté pour l’homme de se tenir dans le chemin de la fidélité à Dieu au travers des aléas de la vie, à bien des égards une traversée du désert ; non un espace sans vie, mais une route si longue et pleine d’aléas qu’elle menaçe tout homme d’assèchement spirituel et moral…
 
Lisons ! Le récit nous montre les Israélites au cours de leur quarantième année au désert, peu après qu’Aaron ait été "réuni aux siens" (Nombres 20:22-29 et 33:38).

Ils partirent de la montagne de Hor, par le chemin de la mer des Joncs, pour contourner le pays d'Édom. Le peuple se découragea en chemin. Le peuple parla contre Dieu et contre Moïse : Pourquoi nous avez-vous fait monter d'Égypte pour mourir dans le désert ? Il n'y a ni pain ni eau et notre âme est dégoûtée de ce pain misérable. Alors l’Éternel envoya parmi le peuple des serpents brûlants ; ils mordaient le peuple, et il mourut beaucoup de gens d'Israël. Le peuple vint trouver Moïse et dit : Nous avons péché, car nous avons parlé contre l'Éternel et contre toi ; prie l'Éternel pour qu'il éloigne de nous ces serpents. Moïse pria pour le peuple. L'Éternel dit à Moïse : Fais-toi un serpent brûlant et place-le sur une perche ; quiconque aura été mordu, et le regardera, vivra. Moïse fit un serpent d'airain, et le plaça sur une perche ; lorsqu'un serpent avait mordu un homme, et qu'il regardait le serpent d'airain, il restait en vie. (Nombres 21:4-9).

Outre ce décès, le peuple vivait très mal une nouvelle déconvenue, le refus des Edomites, leurs cousins, de les laisser passer en paix par leur pays pour entrer au "pays ruisselant de lait et de miel", le pays promis (Exode 3:8). D’inévitables "Pourquoi ?" surgissent, et rien ne paraît plus justifier un tel effort, tant d’années marquées par l’espérance, le campement autour du Tabernacle, les fêtes solennelles, le service sacerdotal… Et la manne dispensée chaque jour de la semaine, doublée la veille du shabbat pour que le peuple puisse concentrer sa pensée sur le repos de Dieu, ce repos préparé pour qu’ils y aient part… Cette manne de saveur délicieuse, "un gâteau au miel" (Exode 16:31), avait perdu pour eux la saveur des commencements. Certes, déjà au Sinaï, elle n’avait plus pour eux que le goût d’une gâteau à l’huile (Nombres 11:8)… Comme aujourd’hui ! Combien ont "goûté la bonne parole de Dieu" et sont en danger de se lasser en chemin, n’ayant pas saisi l’injonction à "montrer jusqu’à la fin le même empressement" (Hébreux 6:5,11).
 
Découragement face au nouveau détour dans le chemin qui mène au pays promis, et dégoût devant les privilèges insignes donnés de Dieu… Ce sont bien là les "serpents brûlants" qui minent la vie du croyant, lui font perdre la paix et la confiance !

 
Le serpent ancien et "ce qui est dans le monde"

Les serpents, une figure bien connue pour tout Israélite. Il n’est pas une acception dans l’Ecriture qui fasse considérer positivement cet animal qui rampe dans la poussière de la terre. Image de l’apostasie dans la parole prophétique de Jacob touchant la tribu de Dan (Genèse 49:17) ; image de mort dans les actes de Moïse (Exode 4:3 et 7:9) comme dans les paroles des prophètes (Esaïe 14:29, Amos 9:3, Jérémie 8:17…) ; mais avant tout un enseignement majeur : celui de la tentation qui induit l’homme à se détourner de son Créateur. Cette scène pleine de sens nous conduit à considérer le "serpent ancien" (Apocalypse 12:9) insinuant l’infidélité, car l’homme devait être créé libre pour pouvoir connaître la bonté de Dieu et être établi dans le repos de Dieu, "à la louange de la gloire de sa grâce dans laquelle il nous a rendus agréables dans le Bien-aimé" (Éphésiens 1:6).
 
Le "serpent ancien" vint vers Eve avec ces paroles : "Quoi, Dieu a dit : Vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin ?" Un autre regard, et le doute s’installe… "La femme vit que l'arbre était bon pour la nourriture, et plaisant pour la vue, et désirable pour rendre intelligent. Elle prit de son fruit et en mangea ; et elle en donna aussi à son mari qui était avec elle, et il en mangea." (Genèse 3:1,6).
 
Ainsi, dans ce récit ancien, les sages de ce temps reculés pénétraient ce qu’est la réalité du monde ; entendons les motivations qui conduisent un monde sans Dieu, ce que Jean, l’apôtre, évoquait dans cette exhortation : "N'aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde ; si quelqu'un aime le monde, l'amour du Père n'est pas en lui ; car tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l'orgueil de la vie, n'est pas du Père, mais du monde." Et il ajoutait : "Or le monde passe, et sa convoitise, mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement." (1 Jean 2:15-17). Nous ne pouvons même un instant penser que l’apôtre traduisait pa ces mots tous les comportements des hommes, car il se rencontre nombre d’actes remarquables d’humanité, mais bien des réalités de ce monde qui ne sont pas de Dieu, qui sont à l’opposé de la pensée de Dieu et minent la vie des hommes. "Bon pour la nourriture" lisons-nous dans le récit ancien, "la convoitise de la chair" exprime l’apôtre ; "plaisant à la vue", soit "la convoitise des yeux" ; "désirable pour rendre intelligent", ce qui se traduit par "l’orgueil de la vie".

 
Le regard de la foi

Le serpent d’airain figure bien la ressource à tous les maux engendrés par les errements des hommes ! Celui qui s’est laissé surprendre peut connaître la délivrance, trouver la vie. S’il croit au message de Dieu, il tourne le regard avec confiance vers le serpent façonné par Moïse dans le feu, signe du jugement dont il est alors lui-même épargné ! Et avec justice, car en vertu d’un autre sacrifice ; en effet le serpent n’est-il pas fondu dans le métal même de l’autel du sacrifice (Exode 27:1-6) !
 
Comme, bien plus tard, le brigand sur la croix qui, se tournant vers le Christ dira : "Souviens-toi de moi, Seigneur, quand tu viendras dans ton royaume" ; il avait compris qui était à côté de lui, mais ne pouvait sans doute réaliser en prononçant ces mots la grandeur du pardon qui allait être sa part ; et il reçoit cette parole : "En vérité, je te dis : Aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis." (Luc 23:43).
 
Jean exprime le chemin de la réconciliation avec Dieu par cette parole : "Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, il faut, de même, que le Fils de l'homme soit élevé, pour que quiconque croit ait en lui la vie éternelle. Car Car Dieu a tant aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu'il ait la vie éternelle" (Jean 3:14-16).
 
Les Israélites surpris dans le désert… Pensons-nous que leur regard rencontrant fortuitement le serpent d’airain les ait délivrés ? Serait-ce cela la leçon donnée ? Nous comprenons que le récit nous fait entrer dans le sentiment du désastre, la douleur et la crainte d’un avenir funeste ; et cela conduit les hommes frappés d’un si grand mal à chercher du secours et croire en la parole prononcée. Il y a une ressource, comme pour Caïn, malade de jalousie à l’égard de son frère Abel entendit "Si tu fais bien, ne seras-tu pas agréé ? Et si tu ne fais pas bien, le péché (le sacrifice pour le péché) est couché à la porte" (Genèse 4:7). La réponse de l’Éternel, transmise par Moïse, est qu’il se trouve une ressource pour qui fait avec foi appel à la miséricorde de Dieu. La délivrance suit un acte de foi…

 
L’acte de foi n’est pas un geste rituel

Pourquoi souligner cette réalité spirituelle, la mettant en contraste avec le geste simple du regard porté sur le serpent ? Parce qu’au cours des siècles, le serpent finit par devenir un objet de culte, de vénération, alors qu’il n’était qu’un signe. Et le roi Ezéchias, un homme fidèle, en comprit la dérive. Lorsqu’il nettoya son pays des idoles qui y avaient fleuri, il joint à ce mouvement la destruction de cet objet si précieux à la mémoire des Israélites… Tant son usage en avait été détourné ! "Il ôta les hauts lieux, brisa les statues, coupa les ashères et mit en pièces le serpent d'airain que Moïse avait fait, car jusqu'à ces jours-là les fils d'Israël lui brûlaient de l'encens ; et il l'appela : Nehushtan" (2 Rois 18:4). Nehushtan, c’est-à-dire "une pièce d’airain" !  Ce n’était rien de plus. Car en effet, ce n’est pas l’objet, mais le geste de foi, fut-ce face à ce signe, qui avait du sens au regard de Dieu comme au regard de la foi.
 
Ce qui était à célébrer, c’est la foi de ces hommes surpris par les serpents qui ont tourné le regard vers le serpent au sommet du bâton ; ces hommes exprimaient ainsi avoir reçu la parole transmise par Moïse, l’objet présenté à leur regard, si précieuse soit la symbolique qu’il portait, n’était que le moyen d’exprimer leur confiance en Dieu.
 
Nulle figure, nulle statue, nulle icône n’a de valeur en soi… Le culte rendu au serpent d’airain était ainsi assimilé aux cultes d’idoles. Pensons à Ezéchias lui-même. Lorsqu’il fut éprouvé par la lettre mauvaise adressée par l’émissaire du roi d’Assyrie, que fit-il ? Des processions, des invocations, des fumées d’encens ? Rien de tout cela ! Il déploya la lettre devant l’Éternel, accompagné en cela par le prophète Esaïe, et exprima ainsi sa confiance : "Éternel des Armées, Dieu d'Israël, qui es assis sur les keroubim, c'est toi seul qui es Dieu pour tous les royaumes de la terre, c'est toi qui as fait le ciel et la terre. Seigneur, tends l'oreille et entends ! Seigneur, ouvre les yeux et vois ! Ecoute toutes les paroles que Sennachérib a envoyées pour outrager le Dieu vivant !" (Esaïe 37:16-17). Ainsi voyons-nous cet homme de foi dans l’expression de sa confiance en Dieu. Et nous comprenons son geste fort et clair, lorsqu’il clama "Nehushtan" à propos du serpent d’airain devenu objet de culte…

 
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Ce récit, une "expérience du désert", apprit aux Israélites dans des temps très reculés, combien l’Éternel est prompt à faire grâce à quiconque s’attend à sa bonté, à sa miséricorde. Une pensée soutenue par cette image forte des serpents ravageant leurs rangs, "ce qui est en ce monde" et qui ne vient pas de Dieu, et l’offre de guérison venant de l’Éternel.

 

Cette lecture est extraite du site : "Que dit l"Evangile ?" Des pages de la Loi, des Psaumes et des Prophètes. Des lectures de l'ensemble du Nouveau Testament.
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20:30 Publié dans Expériences du désert | Eric

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